Prime ou déprime des sortants. La chronique de Bruno Jeudy

La chronique municipales de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

La chronique municipales de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Les municipales de 2026 diront si la France reste fidèle à sa tradition de stabilité locale ou si l’heure est venue d’un nouveau grand ménage démocratique. Depuis quatre décennies, ce scrutin protège les édiles installés : les maires demeurent les élus les mieux perçus d’un pays où la confiance politique s’est évaporée du sommet de l’État jusqu’aux bancs de l’Assemblée. En 2020, en pleine pandémie et sur fond d’abstention record, 83 % des sortants des villes de plus de 3.500 habitants avaient conservé leur écharpe. Même dans les grandes métropoles, plus exposées aux secousses, six maires sur dix survivaient.
Pourtant, cette mécanique bien huilée connaît parfois de spectaculaires ratés. On se souvient des raz-de-marée de 1977 et de 2014, deux vagues dégagistes qui avaient bousculé l’ordre établi. En 2014, un quart des maires avaient été battus, principalement à gauche. En 1977, plus d’un tiers des édiles de droite avaient vu leur ville basculer dans le giron socialiste. Des électrochocs rares mais profonds, que nul n’avait vraiment anticipés.
Le printemps prochain s’annonce-t-il comme un nouvel accident de l’histoire municipale ? Beaucoup y voient un scrutin à haut risque, tant le climat politique national est saturé de méfiance et de blocages. L’Assemblée paralysée, incapable de voter le budget, symbolise un malaise démocratique qui pourrait rejaillir sur les maires, pourtant souvent tenus à l’écart des querelles partisanes. Les politologues Frédéric Dabi et Brice Soccol rappellent, dans L’écharpe et les tempêtes (ed L’aube), que cette contamination n’a rien d’impossible lorsque la colère prend le dessus.
Les préoccupations dominantes des Français — sécurité, dette, santé — s’invitent désormais dans le débat local, accentuant les incertitudes. La célèbre « prime aux sortants » n’a donc rien d’un acquis. Dans ce contexte, les municipales feront figure de répétition générale avant la présidentielle. Un test grandeur nature pour mesurer les rapports de force et jauger la capacité des formations politiques à reconquérir la confiance perdue.
Pour certains candidats, l’enjeu dépasse même leur ville : Édouard Philippe au Havre, Gérald Darmanin à Tourcoing, Fabien Roussel à Saint-Amand-les-Eaux, ou encore Sarah Knafo à Paris joueront bien plus qu’un mandat municipal. Ils joueront une crédibilité nationale. Le scénario d’une alternance dans les quatre des cinq plus grandes villes de France (Paris, Lyon, Marseille, Nice) n’est pas inimaginable.
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Reste à savoir si les électeurs prolongeront l’indulgence traditionnelle accordée à leurs maires… ou s’ils transformeront 2026 en épreuve de vérité. Entre prime et déprime des sortants, les Français pourraient bien décider que cette fois, rien n’est acquis.