Si la CAF a sanctionné le Maroc et le Sénégal suite à la finale épineuse de la CAN 2025, les deux pays - malgré la querelle sportive - alignent les accords économiques et mobilisent leur secteur privé respectif. Pour les experts, ces initiatives ne pouvaient pas mieux tomber. Explications.Dix-sept nouveaux accords étoffent désormais la relation entre Rabat et Dakar. Signés lors de la 15è Commission mixte maroco-sénégalaise assortie d’un Forum économique qui s'est tenu cette semaine au Maroc, ces protocoles couvrent plusieurs domaines, allant des ports au numérique, en passant notamment par les infrastructures industrielles, l’agriculture ou les transports. La particularité de ces rencontres – prévues de longue date, mais qui n’avaient pas eu lieu depuis treize ans – est qu’elles interviennent dans un contexte post-Coupe d’Afrique des Nations (CAN) tendu, suite à la finale épineuse entre le Maroc et le Sénégal qui en est sorti vainqueur, ouvrant la voie à une brouille sportive sans précédent entre les deux pays. Un timing salué au sein de l’écosystème. « La signature de ces accords nous ramène à la réalité géopolitique, géostratégique et géoéconomique, pour montrer à tous ceux qui s'excitent autour d’une brouille sportive entre deux équipes qu'il y a beaucoup de choses importantes qui nous unissent », analyse l’économiste international Pape Demba Thiam, interrogé par La Tribune Afrique. Il se réfère à ce qui s’observe ailleurs dans le monde, rappelle que les batailles entre hooligans anglais et supporters français lors de championnats en Europe « n’ont jamais été considérés comme une brouille entre les Etats », notamment pour des raisons géostratégiques.
« Satisfaction » patronale face aux gouvernements volontaristes
Si les sanctions attribuées par la Confédération africaine de football (CAF) aux fédérations et joueurs des deux pays ce jeudi font encore des mécontents, les dirigeants politiques et économiques ont tracé la ligne de démarcation. « Les dérapages observés ici et là ne doivent être ni liés, ni dramatisés. Ils doivent être requalifiés comme des excès émotionnels produits par la ferveur et non comme des fractures politiques ou culturelles », a déclaré Ousmane Sonko, premier ministre du Sénégal, devant les institutions publiques et le secteur privé des deux pays. « Cette relation est aussi une relation d’investissements durables et diversifiés », appuie son homologue marocain Aziz Akhannouch, précisant que le royaume chérifien a investi plus de 540 millions de dollars au Sénégal. Pour lui, c’est le « signe d’un engagement qui traduit une présence constante, construite dans le temps et ancrée dans les secteurs structurants et stratégiques », pour les deux économies nord et ouest-africaines.