Le ministre de la Justice, Gerald Darmanin, quitte une réunion à l'Élysée le 3 septembre 2025. Le ministre de la Justice, Gerald Darmanin, quitte une réunion à l'Élysée le 3 septembre 2025. Le ministre de la Justice, Gerald Darmanin, quitte une réunion...
LTD/Anadolu via AFP - 2025 Anadolu - MUSTAFA YALCIN
Pour mieux lutter contre les violences sexuelles faites aux enfants, le ministre de la Justice appelle à un renforcement massif des dispositifs existants. Il défend l’idée de protéger immédiatement les enfants en danger, sans attendre la fin des procédures, et plaide pour une réforme profonde de la justice des mineurs et de la prise en charge institutionnelle.
En France, un enfant est victime de viol ou d’agression sexuelle toutes les trois minutes. Dans près de 80 % des cas, l’agresseur est un membre de sa famille. Ces chiffres sont d’autant plus terrifiants qu’ils sont méconnus. Pendant trop longtemps, nos institutions ont répondu à l’urgence par la prudence, à la détresse par des process, à la parole de l’enfant par le doute. Nous attendons que la preuve soit parfaite, quitte à laisser une victime entre les mains de son bourreau. Nous protégeons des principes avant de protéger les enfants. Je propose d’affirmer un principe de précaution pour l’enfance : protéger avant tout. Cette politique n’est pas contraire à la présomption d’innocence, elle impose de mettre à l’abri les plus vulnérables avant d’enquêter.
Cette conviction n’est pas née Place Vendôme. Elle est née dans les rues de la ville où je suis élu, à Tourcoing, où j’ai vu des enfants livrés à leurs agresseurs, des familles s’effondrer en silence, des signaux d’alarme ignorés. Elle s’est forgée au ministère de l’Intérieur, où j’ai découvert l’ignoble réalité de la pédocriminalité : des viols d’enfants filmés, monnayés, commandités tous les jours. Ces images vous hantent. C’est pourquoi j’ai créé l’Office des mineurs pour traquer ceux qui s’en prennent aux enfants, les faire condamner et démanteler les réseaux pédophiles. Ce n’était pas suffisant mais c’était indispensable. Ce même combat, je le poursuis au ministère de la Justice et l’ai élargi à la protection de l’enfance.
Trois cent quatre-vingt mille enfants relèvent actuellement de ce dispositif. Leur espérance de vie est inférieure de vingt ans à celle du reste de la population. Seuls 12 % obtiennent le bac. Un enfant sur deux hospitalisé en psychiatrie a été suivi par l’ASE [l’Aide sociale à l’enfance]. Ces chiffres, eux aussi, sont terrifiants et méconnus. Notre système est totalement défaillant, le nier est une forme de complicité. Les décisions sont prises tardivement. Les places manquent cruellement. Des enfants finissent à la main des dealers ou dans des réseaux de prostitution faute de prise en charge.
La fragmentation de notre organisation est absurde. Un enfant peut être pris en charge par un juge aux affaires familiales, un juge des enfants, un juge correctionnel, chacun dans son couloir. Le temps est venu de créer un juge unique des familles, accompagné de procureurs spécialisés dans chaque tribunal. Le temps est venu de consacrer l’imprescriptibilité des crimes commis sur les mineurs. Le temps est venu de consacrer une justice au service de la dignité de l’enfant.
« Le temps est venu de créer un juge unique des familles, accompagné de procureurs spécialisés dans chaque tribunal »
D’ores et déjà, le projet de loi que je porte avec Stéphanie Rist va bien au-delà d’un ajustement technique. Il crée une ordonnance de sûreté de l’enfant permettant au juge de protéger un mineur en attendant le résultat de l’enquête. C’est une première concrétisation du principe de précaution. Il renforce le contrôle des antécédents judiciaires de tous les adultes en contact avec des enfants : une évidence qui n’est pas encore la réalité partout.
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« Nous avons besoin d’une révolution culturelle »
Les efforts consentis depuis 2017, à la demande du président de la République, sont très importants mais doivent être renforcés. Toutefois soyons lucides : nous pourrions les doubler, cela ne suffirait pas sans changer complètement notre regard sur l’enfance en danger.
Nous avons besoin d’une révolution culturelle : ce qui se passe dans une famille n’est pas qu’une affaire privée. Un enfant violé dans sa chambre par son père est une victime qui doit être protégée par la République. La puissance publique doit se tenir à ses côtés avec la même détermination que si la violence venait de la rue. Cette révolution concerne les professionnels de la justice, les élus, les enseignants, les médecins, les responsables religieux, qui doivent oser signaler, oser alerter sans craindre de se tromper. Elle nous concerne tous.
J’entends ceux qui me disent que le calendrier parlementaire n’est pas le bon. Mais lorsqu’il s’agit de la vie des enfants, l’absence de courage politique est une faute morale. Le statu quo est lui-même une violence infligée à ces enfants qui sont notre avenir. Ce sujet d’intérêt national devrait dépasser les clivages. Pour garantir la protection de l’enfance, le ministère de la Justice s’appuiera sur les nombreux parlementaires qui travaillent depuis longtemps sur ce sujet, au-delà de leur groupe politique.
La France a su, en d’autres temps, décider que certains drames n’étaient plus tolérables. Elle le peut encore. Pour nos enfants, elle le doit surtout. J’en ferai ma priorité absolue dans les prochains mois.