OPINION. « Violences après la victoire du PSG : mais qu’est-ce qu’on attend pour éteindre le feu ? », par Eduardo Rihan Cypel, ancien député PS de Seine-et-Marne

Eduardo Rihan Cypel, ancien député PS de Seine-et-Marne
LTD/AN

Eduardo Rihan Cypel, ancien député PS de Seine-et-Marne
LTD/AN
La victoire historique du Paris Saint-Germain en Ligue des Champions a donné lieu samedi soir à une fête magnifique et populaire dans la capitale comme partout en France. Des centaines de milliers de personnes ont célébré le double-titre exceptionnel du PSG qui entre dans la légende du football européen et mondial.
Les célébrations ont aussi été marquées, hélas et comme souvent, par des dégradations, et des violences. Selon le ministère de l’Intérieur, plus de 890 interpellations ont été recensées. La quasi-totalité des interpellations concernaient des jeunes, souvent mineurs. Et aussitôt, nous avons entendu cette même ritournelle : « sauvages », « ensauvagement », « barbares », « racaille », « dégénérés ». Toujours les mêmes mots et les mêmes postures. Toujours aussi les mêmes préjugés réactionnaires et identitaires. Toujours les mêmes raccourcis entre immigration et délinquance ou entre origine et violence. C’est le déferlement des petites certitudes et des préjugés, le spectacle de la bêtise habillée en « bon sens » et le défilé interminable des champions de la politique sans vision ni solutions.
Le tout-répressif et la surenchère autoritaire reviennent à chaque nouveau épisode du genre. Mais tous ces discours si connus et prévisibles ne mènent nulle part et n’apportent rien.
Ces actes répréhensibles doivent naturellement être dénoncés et sanctionnés par la Justice. La Loi doit être appliquée, l’autorité de la République doit être respectée. Mais cela ne suffira pas pour endiguer ces « débordements » et violences. Depuis longtemps, nous avons acquis l’expérience et les connaissances nécessaires pour comprendre une bonne partie de ces phénomènes qui, malheureusement, sont devenus chroniques dans la société française moderne. Ils se répètent à l’occasion de chaque grand événement festif populaire de masse, selon des formes et des intensités variables.
Dans un texte célèbre de 1956 intitulé La tendance antisociale 1956, (De la pédiatrie à la psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot), le pédiatre et psychanalyste anglais Donald W. Winnicott montre que certains comportements agressifs, destructeurs ou violents chez les adolescents et les jeunes ne fixent pas nécessairement un destin de futur délinquant ou criminel. Ils sont avant tout l’expression d’une souffrance liée à une perte, à une rupture ou à un abandon et le signe d’un appel de détresse.
L’adolescent cherche ainsi, sans le savoir — inconsciemment —, à vérifier au travers de ces passages à l’acte agressifs et violents qu’il existe encore autour de lui une autorité, une limite et un environnement (familial et social) capable de (le) tenir, de le « contenir ». C’est pourquoi Winnicott voyait dans la tendance antisociale non seulement un signal d’alarme mais aussi un signe d’espoir : la preuve que le jeune continue d’attendre quelque chose de la société, de son environnement, qu’il dispose d’une grande vitalité et d’immenses ressources pour se fixer sur une voie constructive et positive.
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Nous ferions bien d’y réfléchir lorsque, de manière répétée et répétitive, des adolescents, des jeunes s’abandonnent à des comportements de violence, de destruction ou de rupture, à des comportements « antisociaux ».
Cette jeunesse est aussi, ne l’oublions pas, celle de la pandémie du Covid-19. C’est la « Génération confinement ». Cette expérience brutale et traumatisante a profondément abîmé nos jeunes. Depuis, tous les indicateurs de santé de la jeunesse sont dégradés : troubles anxieux, dépressions, passages à l’acte, tentatives de suicide, décrochage scolaire, addictions, violences, isolement social, angoisses, perte de confiance dans l’avenir… les symptômes de la détresse et de la souffrance de la jeunesse ne manquent pas, ils sont même devenus critiques.
Ajoutons à cela la précarité matérielle, les difficultés d’insertion professionnelle, les milliers de jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans qualification, les familles fragilisées, les ruptures éducatives, et les effets psychosociaux de l’envahissement du tout-écran. Dans ces conditions, comment s’étonner de l’apparition de symptômes de rupture dans des passages à l’acte violents et destructifs (de l’environnement, de l’autre comme de soi-même) ?
La vraie question à poser est donc simple : qu’est-ce qu’on attend pour éteindre le feu ?
Qu’attendons-nous pour attaquer les causes réelles qui abîment la jeunesse de France ? Allons-nous couper le mal à la racine, anticiper, prévenir, reconstruire et réparer les environnements sociaux dont les jeunes ont besoin pour grandir et se développer ? Gouverner c’est prévoir, dit-on. Si nous savons ce qui peut produire ces trajectoires et passages à l’acte, si nous savons ce qui les aggrave et ce qui les prévient, alors notre responsabilité est d’agir et d’agir bien et efficace : en comblant et réparant les défaillances de l’environnement familial, social, scolaire ou institutionnel.
Il faut investir dans l’école, soutenir les familles, renforcer les dispositifs éducatifs et sociaux, garantir l’accès au soin psychique, reconstruire des lieux d’appartenance, remettre de la présence humaine là où il y a de l’isolement, du lien là où il y a de la rupture, de la « contenance » sociale et républicaine là où s’installent l’agressivité et la destructivité.
On peut faire l’autruche, se voiler la face, refuser de voir, nier et dénier la réalité. Cela ne changera rien aux faits ni au réel. Soit nous affrontons le problème, soit nous continuons le cirque.
L’attitude de la société et des pouvoirs publics face à cette question doit être double : faire respecter l’autorité et la Loi de la République, sanctionner lorsque c’est nécessaire, mais aussi, et surtout, tendre la main à cette jeunesse qui cherche sa place et qui, parfois, demande de l’aide à travers des actes, y compris lorsqu’ils sont déviants, violents et destructifs. Nous devons agir et réagir avec l’autorité et le « bon sens » d’adultes ; avec l’autorité et le bon sens de « bons parents ».
Ce serait cela, une politique sérieuse. Partir des faits, s’appuyer sur la connaissance et l’expérience de tous les professionnels, refuser les caricatures, chercher ce qui fonctionne plutôt que ce qui flatte ou excite l’opinion d’un instant.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la question de l’avenir et du devenir de notre jeunesse doit être au cœur du débat public. La question de la jeunesse et de son avenir doit être une grande cause nationale. Tout simplement parce qu’il n’y a pas d’avenir de la France sans une jeunesse de France qui a de l’avenir.
Il appartient à la gauche démocratique de porter cette grande cause républicaine. Tout le camp du progrès doit la porter. Tous les républicains de cœur et d’esprit doivent en faire une priorité nationale.