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Opinion. « Faire société ne se décrète pas, cela se construit », par Anne de Bayser et Jean-Marc Borello

Par Anne de Bayser et Jean-Marc Borello, coprésidente et président du groupe SOS*

Publié le 16 mai 2026 à 07:00

Anne de Bayser et Jean-Marc Borello, coprésidente et président du groupe SOS.

Anne de Bayser et Jean-Marc Borello, coprésidente et président du groupe SOS.

Brian du Halgouet

La Tribune Dimanche

N143 ● 28 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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À l’occasion de la Journée du vivre-ensemble, ce samedi, la coprésidente et le président du groupe SOS, acteur majeur de l’économie sociale, rappellent l’importance des politiques d’inclusion en termes d’accès à l’emploi, de consommation ou encore de contribution fiscale.

En cette Journée internationale du vivre-ensemble en paix, il est temps de sortir des incantations. Car ce que l’on appelle encore « vivre-ensemble » – expression usée, technocratique, parfois même rejetée – recouvre en réalité une urgence politique : celle de faire société dans un pays traversé par des fractures sociales, territoriales et culturelles que le débat public tend trop souvent à amplifier plutôt qu’à réparer. Là où les discours dominants mettent en scène les divisions, il faut affirmer une conviction simple : la société tient ou se défait selon la manière dont elle s’organise pour inclure ou exclure. 

Faire société ne relève ni de la morale ni de la posture. Cela suppose des choix politiques concrets : qui compte pleinement ? qui accède réellement aux droits essentiels ? qui bénéficie des investissements collectifs ? Autrement dit, la cohésion sociale ne repose pas sur des intentions mais sur une architecture collective, pensée pour tenir dans la durée.

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Or, depuis trop longtemps, nous raisonnons à l’envers. Nous opposons des politiques « pour le plus grand nombre » à des dispositifs destinés aux plus fragiles, perçus comme coûteux, spécifiques, voire secondaires. C’est une erreur profonde. Une société solide est une société conçue pour englober toutes les situations, y compris les plus vulnérables. Ce ne sont pas les personnes en marge qui doivent s’adapter au système ; c’est le système qui doit être suffisamment robuste pour n’en produire aucune.

Les fragilités ne restent jamais confinées

Les preuves sont partout. Concevoir l’accès aux soins à partir des situations de précarité améliore l’ensemble du système : prévention renforcée, hôpitaux désengorgés, parcours de soins stabilisés. Penser la ville à partir du handicap produit des espaces publics plus sûrs et plus fluides pour tous. Investir dans la santé mentale et la lutte contre les addictions réduit durablement les urgences, les ruptures et les coûts humains comme financiers.

Ce qui protège les plus exclus protège toujours le commun.

Car oui, ce choix est aussi économiquement responsable. Les politiques d’inclusion génèrent des retours mesurables : accès à l’emploi, cotisations sociales, consommation, contribution fiscale. À l’inverse, ne pas investir aujourd’hui transfère les coûts vers demain : explosion des dépenses d’urgence, services saturés, affaiblissement du lien civique, sentiment d’insécurité. La désagrégation sociale coûte toujours plus cher que la prévention. 

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Il n’existe d’ailleurs pas deux catégories de politiques – celles « pour les autres » et celles relevant de l’intérêt général. Ce qui protège les plus exclus protège toujours le commun. Ce que l’on refuse à certains fragilise inévitablement l’ensemble. Les fragilités ne restent jamais confinées : ce qui n’est pas traité collectivement finit toujours par devenir un problème partagé. 

Un choix démocratique

Faire société, c’est aussi être concrètement ensemble. Se croiser, se parler, partager des lieux et des expériences communes. Dans des Ehpad accessibles grâce à une tarification adaptée, dans les cafés associatifs, dans les crèches, les centres de santé ou les foyers de jeunes, se tissent des liens entre des parcours de vie que tout semblait séparer. 

À la Villa Saint-Camille, près de Cannes (Alpes-Maritimes), un lieu unique fait cohabiter des personnes âgées, des personnes sans domicile, d’anciens malades en réinsertion et des visiteurs de passage. On y partage une table, un espace, une conversation. Sans tri, sans assignation. Ces lieux ne ciblent pas : ils rassemblent. Ils fabriquent du commun.

Faire société, c’est aussi répondre à la fragmentation politique. 

Ce choix est aussi un choix démocratique. La recherche montre que l’enfermement dans des identités figées nourrit les dynamiques d’intolérance. À l’inverse, tout ce qui crée du commun (pratiques, institutions, expériences partagées) renforce la tolérance et la stabilité. Faire société, c’est aussi répondre à la fragmentation politique. 

Au groupe SOS, ces principes ne sont pas théoriques. Ils sont le quotidien de milliers de professionnels des métiers du social et du soin, engagés partout en France pour accompagner toutes et tous, à tous les âges de la vie. Dans les moments de rupture comme dans les moments de joie, notre objectif est simple : tenir ensemble les fils de la société. 

À nos côtés, des milliers d’associations portent ce modèle. Un modèle indépendant, sans dividendes, qui réinvestit chaque euro au service de l’intérêt général. Un modèle qui prouve chaque jour que la cohésion sociale n’est pas un slogan mais une construction concrète. 

Ce samedi 16 mai, rappelons-le clairement : faire société ne se décrète pas. Cela se construit, s’organise et s’entretient. Ne pas le faire, c’est accepter la fragmentation. Le faire, c’est choisir de tenir ensemble. 

*Le groupe SOS, acteur majeur de l’économie sociale et solidaire, conçoit et gère des solutions de santé et sociales au service de toute la société, y compris les personnes les plus exclues.

Par Anne de Bayser et Jean-Marc Borello, coprésidente et président du groupe SOS*

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