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Diane Richard, les illusions perdues d’une militante. La chronique de Pauline Delassus

Photo de Pauline Delassus

Pauline Delassus

Publié le 08 mars 2026 à 06:32

Retrouvez la chronique de Pauline Delassus.

Retrouvez la chronique de Pauline Delassus.

LTD/DR

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

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Avec « Lutter sans trahir », Diane Richard invite à réfléchir sur les limites des associations féministes et le milieu des militants de gauche.

Pendant deux ans, elle a été membre de la coordination nationale du plus important collectif féministe du pays, NousToutes. Diane Richard publie aujourd’hui un livre pour raconter cette expérience, qu’elle démarre en 2021, à 25 ans, avec l’espoir de pouvoir « réparer, un peu, la société ». Vient la mort du jeune Nahel Merzouk, tué par un policier à Nanterre en juin 2023. Ce « crime raciste », écrit-elle dans Lutter sans se trahir (Stock), suscite autour d’elle des réactions qu’elle juge inacceptables.

Favorable à ce que NousToutes s’allie à la mobilisation antiraciste qui s’organise, Diane Richard comprend avec dépit que le féminisme passe alors au second plan. Des hommes accusés de violences occupent le devant de la scène, issus notamment du comité Vérité et justice pour Adama, sans que cela ne semble déranger la plupart des militantes de son entourage, dont certaines vont jusqu’à remettre en question la parole des femmes qui les ont dénoncés. Une aberration pour celle qui estime que « les féministes ont tellement lutté pour que les droits des femmes soient enfin une question prioritaire que ce n’est pas le moment d’abandonner ».

A LIRE AUSSI

La chronique de Sophie Iborra. « Je veux que le temps qu’il me reste soit utile » (Roselyne Bachelot-Narquin, ancienne ministre)

Elle souligne le danger de suivre « sans réfléchir les ordres d’autres collectifs qui peuvent avoir des idées et un agenda politique différent ». Elle observe le phénomène de « culpabilité blanche » parmi les membres de la coordination, en majorité des femmes blanches, hétérosexuelles et issues de milieux aisés, cette « reconnaissance d’un privilège blanc non mérité » poussant à des décisions en contradiction avec leur combat premier.

Rupture

C’est au lendemain des attaques du 7-Octobre en Israël que la rupture avec ses sœurs d’armes se concrétise. Les réactions des responsables du Nouveau Parti anticapitaliste et de LFI, qui emploient le terme « offensive » et non « terrorisme », d’activistes féministes comme Mona Chollet fustigeant le 9 octobre 2023 la une de Libération sur le massacre, de Françoise Vergès parlant de « combat légitime » du Hamas ou de Fatima Ouassak estimant qu’Israël est responsable du massacre choquent profondément la diplômée de Sciences-Po.

Quand sont relatés les crimes sexuels perpétrés par le Hamas sur les femmes israéliennes, elle constate que NousToutes et la Fondation des femmes mettent de longs jours à exprimer leur solidarité avec les victimes. « Il y avait celles qui voulaient parler des femmes de Gaza et celles qui voulaient dénoncer la colonisation israélienne. Dans tous les cas, parler des violences sexuelles du 7-Octobre n’avait pas l’air d’être au programme. »

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Ne pas « hiérarchiser les victimes »

La désillusion de la jeune militante est immense. Les désaccords qu’elle ose exprimer sur les réseaux et auprès d’autres militantes sont mal accueillis. On lui demande de se taire, on lui reproche d’être une traître, jusqu’à la faire craquer. La période est douloureuse, Diane Richard en sort physiquement et mentalement éprouvée. Elle en tire cependant une réflexion utile, c’est l’objet de son essai, une méthode à destination de toutes celles – et ceux – qui désirent un féminisme sans discrimination, au service de toutes les femmes, sans ignorer les difficultés extrêmes de celles issues des minorités.

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Sara Forestier sur MeToo : « ll ne faut pas relâcher les efforts ; les agresseurs reprennent de la confiance si on se relâche  »

« Les intersectionnelles traitent les universalistes d’islamophobes, les universalistes traitent les intersectionnelles d’antisémites, énonce Diane Richard. Au milieu de ce terrain de football, nous sommes de plus en plus nombreux·ses à recevoir des ballons en pleine tête. » « Ma plus grande peur est que l’échec des mouvements féministes à prendre en compte l’antisémitisme serve à décrédibiliser l’intersectionnalité », ajoute-t-elle. Une autre voie est possible, assure l’autrice  « Nous pouvons – et nous devons – être féministes sans hiérarchiser les victimes, adopter une démarche intersectionnelle sans discriminer. » Elle prévient de l’instrumentalisation possible des critiques qu’elle émet sur son propre mouvement par « des personnes qui veulent [le] combattre, qui portent un projet de société d’extrême droite, antiféministe et raciste ». À méditer ce 8 mars. 

Pauline Delassus

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