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La chronique de Sophie Iborra. « Je veux que le temps qu’il me reste soit utile » (Roselyne Bachelot-Narquin, ancienne ministre)

Sophie Iborra

Publié le 15 février 2026 à 07:30

Roselyne Bachelot-Narquin, chroniqueuse, éditorialiste et ancienne ministre.

Roselyne Bachelot-Narquin, chroniqueuse, éditorialiste et ancienne ministre.

LTD/DR

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

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Chaque mois, Sophie Iborra rencontre avec une femme de convictions. Dans cet épisode : Roselyne Bachelot-Narquin, chroniqueuse, éditorialiste et ancienne ministre.

Dès les premières minutes de conversation, Roselyne Bachelot impose une présence : directe, libre et joyeuse. La trajectoire de cette ancienne pharmacienne devenue ministre puis chroniqueuse et éditorialiste s’inscrit dans une filiation de personnalités fortes, dont les traces continuent de guider ses engagements.

Lorsqu’elle remonte le fil, ce sont d’abord des figures féminines qui s’imposent. Une grand-mère ouvrière, « vendue à 7 ans », devenue résistante. Une autre, paysanne cultivée, engagée toute sa vie contre la peine de mort. Sa mère, enfin, féministe et érudite, qui lui transmet le goût de la culture, de l’effort et de l’écriture.

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La chronique de Sophie Iborra. « Je me sens rarement attaquée en tant que femme » (Apolline de Malherbe, journaliste et productrice de radio)

À ces femmes de sa famille s’ajoutent trois religieuses qui ont également forgé son éducation. Elles lui ouvrent l’accès au savoir, l’encouragent à penser par elle-même et lui donnent très tôt le sentiment que l’intelligence engage. « Ce sont elles qui m’ont appris que comprendre était une responsabilité », confie-t-elle.

La voie de l’exigence

De cet héritage féminin, Roselyne Bachelot a tiré une boussole morale. Une manière de ne jamais céder. Ni aux injonctions, ni aux humiliations, ni aux rôles assignés. Élevée dans des institutions religieuses où l’exigence intellectuelle primait sur la « bigoterie », elle était brillante mais indisciplinée. À 3 ans, elle commence le piano, amorçant une relation viscérale à la musique.

L’opéra, découvert plus tard, agit comme une véritable « révélation amoureuse ». Elle en parle avec ferveur, évoquant la beauté, l’exigence, le risque permanent. « L’opéra, c’est l’une des plus grandes prouesses humaines », affirme-t-elle, le comparant aux exploits des alpinistes ou des astronautes. Cette passion nourrit aussi sa colère face au recul des politiques culturelles. Elle parle de « crime », symptôme d’une époque de renoncements, car pour elle la culture est avant tout un rempart contre la barbarie.

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Fille de Jean Narquin, député gaulliste, Roselyne Bachelot choisit la voie de l’exigence en se faisant élire dans une circonscription réputée « ingagnable ». Elle s’impose là où on ne l’attend pas. « Il ne fallait jamais que quelqu’un puisse dire que j’avais réussi parce que j’étais la fille de… », explique-t-elle. Le soir de sa victoire, un responsable local lâche : « Si on avait su que c’était possible, on aurait envoyé un homme. » Elle sourit et poursuit sa route.

A LIRE AUSSI

La chronique de Sophie Iborra. « Les femmes aussi ont le droit d’avoir de l’ambition ! » (Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations)

Car elle dit avoir supporté toute sa vie un sexisme frontal. Des petites phrases jetées à la tribune de l’Assemblée nationale, des mises à l’écart silencieuses, des rôles imposés avec politesse. « C’est parfois plus simple de lutter contre le sexisme brutal que contre celui qui est plus insidieux, presque courtois », affirme-t-elle.

Son féminisme est avant tout intellectuel, construit et ancré dans l’Histoire et la culture. Elle interroge les spoliations, l’invisibilisation des femmes dans les sciences, la musique, la création, tout en refusant les postures simplistes. « Je ne jette pas l’anathème sur les hommes. Moi non plus, je n’ai pas envie de céder ma place ! » dit-elle en riant.

Ses prochains combats 

Aujourd’hui, le combat qui l’obsède est plus intime et plus radical encore : les violences faites aux enfants. Dans une omerta française. Secrets d’enfance, paru chez Plon cet automne, elle raconte, dénonce et accuse un système. « Les enfants ne sont pas la propriété des adultes », s’indigne-t-elle.

Longtemps, Roselyne Bachelot a cru que les violences sur mineurs relevaient de l’exception. L’histoire de Marie-Anne, l’amie de sa mère qui s’était suicidée après avoir été violée par un prêtre, lui semblait alors appartenir à ces tragédies isolées. Il lui a fallu du temps, des témoignages et l’actualité récente pour comprendre que ces violences n’étaient pas marginales, mais profondément enracinées dans des mécanismes collectifs. Elle s’indigne alors de la lâcheté sociale, du silence et des regards détournés : « Bien sûr que l’État doit entrer dans les familles pour protéger les enfants. » Mais pour l’ancienne ministre, ce combat dépasse les gouvernements. Il engage chacun. « Avant de critiquer, il faut balayer devant sa porte, insiste-t-elle. Ce sont nos enfants. »

À bientôt 80 ans, Roselyne Bachelot sait que le temps lui est compté, même si « l’idée de la finitude » a toujours accompagné sa vie sans jamais la paralyser : « Je veux que le temps qu’il me reste soit utile, je veux mener des combats jusqu’au bout. » Des mots qui résonnent comme un manifeste, à l’image d’une femme qui entend bien continuer à dire et à agir. 

Sophie Iborra

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