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OPINION. « Budget : Dormez tranquilles : les entreprises passent à la caisse… mais pour combien de temps encore ? », par Philippe Veran

Photo de La Tribune Dimanche - Rédaction

Philippe Veran, président de Biotech Dental

Publié le 17 février 2026 à 14:57

Philippe Veran est président de Biotech Dental.

Philippe Veran est président de Biotech Dental.

LTD/DR

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

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Face à la dégradation des finances publiques, Philippe Veran alerte sur la tentation de toujours faire contribuer les entreprises.

Il y a, dans notre vie publique, un réflexe devenu presque mécanique : quand la contrainte budgétaire se resserre, quand le courage manque, quand l’arbitrage devient impopulaire… on se tourne vers l’entreprise. On la sollicite, on la « met à contribution », on la « fait participer ». Les mots sont feutrés, la réalité l’est moins : le chef d’entreprise finit, trop souvent, par être la variable d’ajustement de la moindre politique budgétaire.

Ce n’est pas seulement une question d’impôts ou de charges. C’est une question de place. De respect. D’équilibre. Dans un pays qui aspire à plus de croissance, plus d’emplois, plus d’innovation, plus de souveraineté, l’entreprise devrait être regardée pour ce qu’elle est : une fabrique de valeur, un moteur de projection, un lieu de responsabilité quotidienne. On peut discuter de tout, mais pas nier l’évidence : ce sont les entreprises qui transforment des idées en produits, des investissements en emplois, des carnets de commandes en salaires. Et derrière chaque entreprise, il y a des familles, des trajectoires, des territoires.

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Le patron, lui, n’est pas un symbole commode. Ce n’est ni un exutoire, ni un bouc émissaire. C’est une femme ou un homme qui signe, qui engage, qui doute, qui arbitre. Qui fait face. Qui porte la paie à la fin du mois, même quand la facture client tarde, même quand l’énergie flambe, même quand les taux remontent, même quand la conjoncture se retourne. Qui sait que la moindre erreur se paie cash — par un licenciement qu’on redoute, un investissement qu’on renonce, parfois une entreprise qui s’éteint.

Alors, oui, il faut le dire avec gravité : ça suffit.

Ce qui blesse, ce n’est pas l’existence d’une contribution. Les chefs d’entreprise savent la nécessité de financer les services publics, les infrastructures, la solidarité. Ils n’ont pas découvert la vie en société. Ce qui blesse, c’est la facilité. C’est le réflexe de toujours demander « un effort de plus » à ceux qui ne peuvent pas s’imprimer de monnaie, pas reporter indéfiniment leurs dettes, pas masquer leurs déficits derrière des mots. Une entreprise, si elle gérait ses comptes comme l’État — ou comme certaines collectivités — déposerait le bilan dans l’année. Voilà le fait brut. Pas un slogan : une évidence économique.

Et pourtant, on continue. On ajoute, on superpose, on complexifie. On change les règles au gré des équilibres politiques, puis on s’étonne que l’investissement hésite, que l’énergie entrepreneuriale s’érode, que la compétitivité s’abîme. On demande d’être audacieux, mais on rend l’audace plus risquée. On exige de “tirer la croissance”, mais on vide les réservoirs de ceux qui doivent la produire. On veut la création d’emplois, mais on traite le créateur d’emplois comme un suspect par défaut — sommé de justifier ce qu’il gagne, ce qu’il décide, ce qu’il possède.

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On change les règles au gré des équilibres politiques, puis on s’étonne que l’investissement hésite, que l’énergie entrepreneuriale s’érode, que la compétitivité s’abîme

Cette logique est dangereuse pour l’économie, bien sûr. Mais elle l’est aussi pour la morale collective. Car à force de désigner un responsable commode, on abîme le contrat social. On installe l’idée qu’il y aurait, d’un côté, ceux qui « profitent » et, de l’autre, ceux qui « subissent ». Alors que l’entreprise, lorsqu’elle fonctionne, est un cercle vertueux : elle forme, elle finance, elle soutient des sous-traitants, elle anime des centres-villes, elle entretient des savoir-faire. Elle transforme un territoire. Elle donne une perspective à ceux qui ne demandent pas la charité mais une chance.

Ce dont nous manquons, au fond, c’est d’une répartition claire des responsabilités. L’État doit retrouver la sienne : décider, prioriser, simplifier, évaluer, réduire ce qui n’a plus de sens, et assumer des choix. Les collectivités doivent retrouver la leur : gérer avec rigueur, investir utile, rendre des comptes. Et l’entreprise doit retrouver la sienne : créer de la valeur, innover, exporter, rémunérer, former, décarboner, et contribuer. Mais contribuer ne peut pas signifier compenser, à elle seule, toutes les hésitations publiques.

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Dormez tranquilles, dira-t-on, si l’on persiste : les entreprises paieront encore. Mais si l’on veut que la France se redresse, alors il faut changer de logiciel. Cesser de considérer le patron comme une tirelire ou un paratonnerre. Réhabiliter ce qu’il incarne : la prise de risque, la confiance, le long terme, la responsabilité. Redonner de la stabilité, de la lisibilité, et surtout du respect.

Ce n’est pas une demande de privilège. C’est une exigence d’équilibre. Pour le bien de l’économie, de nos finances publiques, et de notre morale. Chacun à sa place. Et que l’entreprise, enfin, cesse d’être la facilité quand le courage fait défaut.

Philippe Veran, président de Biotech Dental

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