Fiscalité : la colère gronde chez les patrons. Par Éric Maumy, Patrick Martin , Amir Reza-Tofighi, Virginie Calmels, Sophie de Menthon et 13 autres entrepreneurs
Des dirigeants de premier plan, membres de « Trop, c’est trop » mouvement créé pour dénoncer la pression fiscale sur les entreprises, déplorent « un immense gâchis ».
« C’est à la fin de la foire… » L’épisode du budget va se refermer. Il aura été calamiteux pour le débat public. Il aura fissuré la confiance entre les acteurs économiques et le monde politique. Il aura signé un renoncement inquiétant du pays à poursuivre de façon apaisée et déterminée le cap de la prospérité.
La colère qui gronde depuis plusieurs mois chez les dirigeants d’entreprises de toute taille n’est pas une colère corporatiste, elle ne vise pas à protéger des rentes ou des intérêts privés, n’en déplaise aux Saint-Just antipatrons. Elle est l’expression de dirigeants qui se battent pour l’emploi, la production en France et qui ont le sentiment d’un immense gâchis.
Comment ne pas s’insurger quand les Français continuent année après année à s’appauvrir ? Comment ne pas s’indigner quand nos savoir-faire, notre excellence industrielle sont rachetés par l’étranger? Comment ne pas hurler quand la classe politique s’entête à reproduire les erreurs du passé qui n’ont jamais marché ni en France ni ailleurs.
Ce budget n’apporte ni la visibilité ni la stabilité promises. Il alimente au contraire le sentiment d’une déconnexion des responsables politiques de la réalité économique, loin de l’intérêt général qui mériterait, au contraire, d’encourager l’activité économique, le travail et l’investissement.
Nous le disons avec gravité : c’est démagogique et inacceptable de présenter la facture aux entreprises !
Newsletter
La Tribune Dimanche
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.
La surtaxe appliquée aux très grandes entreprises est présentée comme un effort patriotique. Nous y voyons surtout une dégradation immédiate de la compétitivité internationale de nos champions, engagés dans une concurrence mondiale d’une extrême violence. Plus que jamais, nos fleurons ont besoin d’investir pour rester dans la course, non d’être surtaxés pour le bouclage du budget d’un État dont les dépenses sont hors de contrôle.
Cette décision aura un effet en cascade sur tout le tissu économique, pénalisant directement PME et ETI clientes, fournisseurs ou sous-traitantes. Car, contrairement à ce qu’affirment les beaux esprits égalitaristes, affaiblir les leaders, c’est fragiliser l’ensemble de la chaîne productive.
Par ailleurs, la CVAE [cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises] devait être totalement supprimée en 2024. C’était un engagement ferme, pourtant déjà reporté en 2025, puis en 2026. Les entreprises qui produisent en France supportent déjà près de 130 milliards d’euros de charges supplémentaires par an par rapport à la moyenne européenne. Maintenir la CVAE, c’est taxer le made in France et envoyer un signal désastreux à ceux qui font le choix du territoire.
Au rebours de ce que répète l’exécutif, les ménages aussi subiront ces hausses d’impôts – en particulier nos enfants, sur qui nous faisons peser des dettes immenses. Des taxes en plus, des charges lourdes pour les entreprises, ce sont des salaires qui stagnent et des prix qui augmentent pour les consommateurs. Et, pour nos régions, nos villes moyennes, nos campagnes, ce sont des investissements et des embauches que les entreprises ne feront pas, ce sont des usines qui fermeront et des emplois détruits. Entrepreneurs et salariés, producteurs et consommateurs : tous les Français sont dans la même galère !
La confiance ne se décrète pas. Elle se construit par la cohérence, la constance, le courage dans les difficultés. Le respect de celles et ceux qui investissent, produisent et travaillent se mérite.
Le mouvement « Trop c’est trop » appelle le gouvernement d’aujourd’hui et les candidats de demain à cesser de considérer l’entreprise et les salariés comme une variable d’ajustement budgétaire, et à renouer avec une politique économique réellement favorable à la production, à l’investissement et à la prospérité de tous.