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OPINION. « Marseille en Grand : agir enfin à la vitesse des urgences », par Alexis Gibellini, délégué général de la Fondation de Marseille

Par Alexis Gibellini

Publié le 16 décembre 2025 à 14:00

Alexis Gibellini, auteur de l’étude Terra Nova « Marseille en Grand : un pari impossible ? »

Alexis Gibellini, auteur de l’étude Terra Nova « Marseille en Grand : un pari impossible ? »

LTD/DR

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

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Une nouvelle visite présidentielle d’Emmanuel Macron à Marseille est annoncée, sur fond de narcotrafic. Alexis Gibellini, délégué général de la Fondation de Marseille et auteur d’une étude sur le plan « Marseille en Grand » pour le cercle de réflexion Terra Nova, estime que ce plan ne peut plus se résumer à des promesses financières.

Plan… ou slogan ? Lancé en 2021, « Marseille en Grand » a eu le mérite d’assumer une réalité longtemps évitée : après des décennies d’immobilisme municipal, la ville ne pouvait pas être réparée par petites touches ni par la juxtaposition de dispositifs épars. L’État a annoncé des moyens inédits à hauteur de 5 milliards d’euros, engagé des investissements massifs et ouvert des chantiers structurants pour les écoles, les transports, le logement et la sécurité.

Mais un plan, même doté de milliards, ne remplace pas une gouvernance forte ni une vision partagée sur le long terme. Aujourd’hui, la faiblesse principale de « Marseille en Grand » n’est pas le manque d’ambition : c’est l’absence d’un véritable pilotage capable d’articuler tous les leviers disponibles, rassembler les acteurs du territoire et transformer la promesse initiale en résultats tangibles pour les Marseillaises et les Marseillais.

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Il n’existe toujours ni contrat de plan État-« Marseille en Grand », ni instance stratégique stable et lisible – si ce n’est la Préfecture –, capable de réunir régulièrement collectivités locales, opérateurs publics, entreprises, associations et citoyens. Les décisions s’empilent, souvent sans articulation globale, sans tableau de bord commun et sans responsabilités clairement assumées et partagées.

Pas de pilote dans l’avion, aucune transparence

Le plan manque d’un architecte stratégique, d’un pilote politique. Dans une métropole aussi complexe et fragmentée, l’absence de coordination n’est pas un détail : c’est un handicap majeur qui dilue l’impact et peut faire perdre des mois… L’État doit reprendre la main sur la programmation d’ensemble, établir un suivi rigoureux et transparent. Car les Marseillais ont droit à un cap clair, à des priorités cohérentes et à un pilotage qui ne change pas au gré des arbitrages ministériels ou des cycles électoraux.

Ces lacunes de gouvernance se traduisent par des chantiers qui s’éternisent et des promesses sociales non tenues. Prenons l’exemple de la ligne T3 du tramway : l’inauguration de l’extension à La Gaye devrait avoir lieu prochainement, mais la fin des travaux jusqu’à La Castellane est prévue seulement en 2029, alors que cet investissement devait viser en priorité à désenclaver le territoire nord marseillais.

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Investir dans le lien social et l’humain : maintenant ou jamais

Autre défi, celui du tempo. Les chantiers avancent, mais trop lentement face à l’urgence sociale que connaît la deuxième ville de France. Rénover les écoles, résorber l’habitat indigne, transformer la mobilité et repenser les espaces publics : certes, ces politiques demandent du temps, mais Marseille ne peut plus tolérer l’immobilisme déguisé en planification. Il faut accélérer : sécuriser les financements, lever les blocages administratifs, stabiliser les calendriers et dépasser les contraintes politiques.

Mais accélérer, ce n’est pas seulement aller plus vite sur le béton : c’est agir sur l’humain. Marseille est riche de ses 25.000 associations qui œuvrent à transformer la vie de milliers de jeunes confrontés à des vulnérabilités multiples. Ce tissu associatif, engagé au quotidien mais sans les moyens adéquats, prouve que l’investissement humain est le levier le plus puissant pour réduire les fractures sociales et territoriales qui minent la ville.

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Les associations de proximité, médiateurs sociaux et acteurs de la prévention – ceux qui maintiennent la ville debout chaque jour et “encadrent” les plus jeunes – sont hélas les grands oubliés de « Marseille en Grand ». Le drame qui a touché la famille Kessaci illustre cruellement cette réalité. L’association Conscience, qui intervient depuis des années dans les quartiers populaires pour soutenir les familles vulnérables, dénonce le manque de moyens et d’accompagnement, montrant à quel point les initiatives solidaires restent encore trop fragiles.

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Il est temps que « Marseille en Grand » ne soit plus un simple slogan : il doit enfin devenir un véritable rassemblement des acteurs engagés du territoire, œuvrant à renforcer la cohésion sociale, économique et urbaine de la deuxième ville de France.

Par Alexis Gibellini

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