« Voilà, c’est là qu’ils l’ont descendu. » « Là », comme le montre un habitant du quartier venu se recueillir, c’est une chaussée goudronnée où Mehdi Kessaci stationne le 13 novembre, vers 14 h 30. Le jeune homme de 20 ans dépose alors sa mère à un rendez-vous médical. Le rond-point Claudie d’Arcy est chargé ce jeudi, il ne prête pas attention à la moto à grosse cylindrée qui s’approche de sa voiture.
Le passager du deux-roues brise la vitre conducteur d’un coup de crosse et tire six balles de 9 mm. Touché au thorax, Mehdi Kessaci meurt en quelques minutes. Les tueurs, eux, repartent, avec calme et sang-froid, sans même accélérer, vers les hauteurs de ce quartier tranquille du 4e arrondissement de Marseille.
« C’est un assassinat réalisé avec un degré de “professionnalisme” qui n’est pas fréquent, même ici », commente un connaisseur. L’assassinat d’un innocent qui a choqué et ému le pays entier, le neuvième à Marseille lié au trafic de stupéfiants depuis le début de l’année. Avec une particularité : la victime cette fois-ci ne faisait pas partie d’un réseau. Mehdi avait pour seul « tort » d’être le petit frère d’Amine Kessaci, militant écologiste engagé dans la lutte contre le narco-banditisme depuis que le corps de son autre frère, Brahim, impliqué dans le trafic, avait été retrouvé calciné dans le coffre d’une voiture en 2020.
Samedi 22 novembre, ils étaient 6200, souvent vêtus de blanc, à répondre à l’appel à résister qu’Amine, 22 ans, ancien candidat du Nouveau Front populaire aux législatives, a lancé dans les médias et sur les réseaux sociaux. Des mères avec des enfants, des étudiants, des anciens, des policiers en civil, des institutrices, des médecins, tous marseillais, tous inquiets et tous bouleversés de voir au cœur du rassemblement les parents Kessaci. Un père et une mère qui, cette semaine, pour la deuxième fois, ont enterré un fils.