Angèle Malâtre-Lansac, déléguée générale de l’Alliance pour la santé mentale, Teddy Riner, médaillé d’or olympique et parrain de la grande cause nationale 2026, la santé mentale et Mathieu Maucort, ancien délégué interministériel à la jeunesse.
Alors que la santé mentale est érigée en grande cause nationale, la situation des jeunes continue de se dégrader. Anxiété, dépression, difficultés d’accès aux soins : face à cette urgence, Teddy Riner, Angèle Malâtre-Lansac et Mathieu Maucort appellent à passer des constats à l’action, sans attendre.
L’année 2026 démarre sous la neige en France. Elle commence, également, à l’ombre d’une grande cause nationale : la santé mentale. Chaque année, un sujet est ainsi mis en avant pour être promu un peu partout. On se souvient notamment des nombreux encouragements à faire, en 2024, « 30 minutes de sport par jour », le thème retenu alors, en lien avec les Jeux olympiques et paralympiques.
Désormais, c’est la santé mentale qui domine, pour la deuxième fois d’affilée (le sujet avait déjà été choisi l’an dernier), ce qui est inédit. Nous nous en réjouissons. Plus que jamais, nous devons affirmer que la santé de l’esprit accompagne celle du corps, et qu’il ne doit pas être tabou d’en parler. Plus que jamais aussi, nous devons agir, pour tous bien entendu, mais pour les plus jeunes en particulier.
Il faut bien prendre la mesure du sujet : en primaire, 13 % des enfants présentent un trouble probable de santé mentale (anxiété, manque de confiance en soi, etc.). À l’adolescence, le chiffre explose, au collège, chez les jeunes femmes notamment. Et le début de la période adulte n’est pas épargné : 21 % des 18-29 ans sont en proie à la dépression. Près de deux fois plus qu’en 2017 ; et davantage que les (autres) adultes désormais. Le renversement générationnel est frappant.
Agir en mêlant prévention et accompagnement
Devant ces constats, il nous faut donc agir, en mêlant prévention et accompagnement. Bien sûr, nous savons que le contexte politique n’est pas propice. Mais il nous est possible d’avancer sur trois sujets au moins.
Tout d’abord, activons un levier majeur de bonne santé mentale : le sommeil. Nos collégiens et lycéens commencent les cours au moins une heure trop tôt, nous le savons (alors que leur endormissement se décale naturellement à la puberté). De la fatigue s’ensuit, au détriment du bien-être et des résultats scolaires. Nous pouvons corriger cela, en démarrant les classes à 9 heures, au moins, dans le maximum d’établissements dès la rentrée de septembre prochain.
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Les spécialistes disparaissent au moment où nous en avons le plus besoin
Ensuite, l’accès à l’accompagnement peut être facilité. Des dispositifs durs à identifier, des structures aux noms divers, trop d’attente : beaucoup se retrouvent démunis aujourd’hui. Quinze numéros d’appel coexistent, par exemple, là où un ou deux suffiraient sûrement. Et si des consultations gratuites chez un psychologue sont désormais possibles (jusqu’à douze par an), savoir vers qui se tourner reste compliqué. Il est urgent de clarifier l’entrée dans les soins, pour toutes et tous.
Enfin, les traitements plus denses doivent redevenir possibles dans notre pays. Pour cela, nous avons besoin de professionnels, en pédopsychiatrie notamment. Le nombre de pédopsychiatres a baissé de plus d’un tiers depuis 2010… et la moyenne d’âge des praticiens encore actifs est de 62 ans. Les spécialistes disparaissent au moment où nous en avons le plus besoin. Vite, une action forte pour renforcer l’attractivité de ces métiers.
Trois idées, simples et accessibles, pour un début de changement. En ces premiers jours de 2026, ce sont nos trois vœux. Aux pouvoirs publics de suivre désormais. Et si, pour une fois, nous tenions nos bonnes résolutions ?