OPINION. « Retraites : d’une réforme à l’autre, avoir raison n’est pas convaincre », par Laurent Pietraszewski, président de GRENEL Stratégie et Management
Pour Laurent Pietraszewski, l’un des artisans de la réforme des retraites par points abandonnée en 2020 pendant la crise du Covid, les députés macronistes et ceux du MoDem ne devraient pas avoir de difficulté à soutenir la suspension de la réforme de 2023.
Laurent Pietraszewski, président du conseil d'administration du Groupe Casino, lors de l'assemblée générale annuelle du groupe, le 30 avril 2025 à Puteaux, près de Paris.
En rouvrant la boîte de pandore des retraites, l’ancienne Première Ministre Élisabeth Borne a saisi son camp politique et provoqué une belle pagaille au sein du bloc central. En instillant, pourtant avec doigté, un zest de realpolitik dans la conception sans doute trop rigide d’une majorité des 163 députés sauvés des eaux en 2024, les soutiens du Président de la République se confrontent à l’un des principaux marqueurs de la politique économique et sociale mis en œuvre depuis 2022.
Il n’est pas inutile de rappeler que la réforme de 2023 n’est pas un marqueur « macroniste » comme je le lis souvent. La réforme paramétrique menée courageusement par Olivier Dussopt et Élisabeth Borne est un modèle de classicisme centré sur le seul recul de l’âge d’ouverture des droits avec des contreparties sociales (minimum contributif, carrières longues élargies pour ceux qui ont commencé leur parcours professionnel avant 21 ans, fonds de prévention des risques ergonomiques…). Tout cela justifié par la nécessité de préserver l’équilibre financier du système comme l’a rappelé récemment la Cour des comptes.
Les députés En Marche ! et MODEM élus en 2017, eux, se sont engagés sur une réforme systémique dont l’objectif était, entre autres, de sortir des psychodrames à répétition qui jalonnent encore notre vie sociale à chaque réforme des retraites depuis que François Mitterrand a fait de l’âge d’ouverture des droits à la retraite un objet politique clivant.
La retraite universelle par points initiée par Jean-Paul Delevoye avec le soutien de la CFDT, que j’ai ensuite défendue devant l’assemblée nationale il y a 5 ans, présentait toutes les caractéristiques d’une réforme « macroniste ».
Il s’agissait de sortir des blocages structurels de notre société par l’innovation sociale et économique en responsabilisant et en accompagnant sans jamais ignorer les apports de la démocratie sociale. Les macronistes historiques ne devraient donc pas avoir trop de difficulté à suspendre la réforme de 2023 au regard de la boussole de leur engagement initial.
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Rejetée par une bonne partie du corps social faute d’avoir convaincu de son équité plus que de son utilité, cette réforme aura eu le mérite de rouvrir le débat sur la capitalisation, le système par points, et de nous vacciner collectivement contre les réformes paramétriques dont l’âge d’ouverture des droits serait la seule variable d’ajustement.