Mélenchon et le chaos. L’édito de Bruno Jeudy

La chronique municipales de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

La chronique municipales de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Depuis la mort tragique du jeune militant nationaliste Quentin Deranque, les Français, sidérés, encaissent le choc. Dans un pays traversé par une triple crise sociale, politique et morale, la frustration et l’exaspération peuvent s’entendre. Mais rien, jamais, ne saurait justifier la haine et la barbarie. La violence politique, d’où qu’elle vienne, fracture un peu plus une République déjà vacillante.
C’est pourquoi l’attitude de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise scandalise. L’absence de condamnation explicite et ferme des agissements de la Jeune Garde, mouvement fondé par Raphaël Arnault, fiché S et député LFI, suscite au minimum l’incompréhension.
Pas un mot de compassion à la hauteur du drame, pas l’ombre d’un mea culpa, aucune décision forte à l’encontre d’un élu dont l’un des assistants parlementaires est aujourd’hui incarcéré. Il ne s’agit plus d’une simple erreur politique : c’est une faute morale.
Celui qui se présente comme le gardien sourcilleux des valeurs de la gauche devrait méditer l’avertissement de Max Gallo : « La responsabilité de celui qui a accès à la parole publique est de mettre en garde contre l’irruption de la violence. » Or le bruit et la fureur sont devenus la matrice d’une stratégie de conflictualisation permanente. Depuis longtemps, le tribun a renoncé à mettre son verbe au service d’une union de la gauche. Son énergie vise désormais à détruire le PS qu’il poursuit de son hostilité constante, oubliant qu’il n’a quitté cette maison qu’en 2008 après y avoir construit l’essentiel de sa carrière.
Avant de se rêver Montagnard, il goûta longtemps au confort des Girondins. Opportunisme d’un révolutionnaire de carrière ? En endossant la tunique du diable de la République, au risque d’être le poison et le fossoyeur de la gauche, il semble parier sur le chaos pour atteindre l’Élysée. « À la fin, ça se terminera entre eux et nous », répète-t-il, désignant par « eux » le RN.
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Le calcul est limpide : affronter au second tour Marine Le Pen ou Jordan Bardella, et capter le vote des grandes métropoles comme celui d’un centre droit rétif à l’extrême droite.
Le pari est hasardeux. Depuis les attaques du Hamas, le 7 octobre 2023, la dérive outrancière de certains cadres Insoumis a creusé un fossé avec une large partie des sociaux-démocrates. Les chiffres sont cruels : selon un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro, 81 % des sympathisants socialistes ne souhaitent plus d’alliance avec LFI.
Les polémiques à répétition – violences, outrances verbales, intimidations – n’ont fait qu’abîmer davantage l’image d’un mouvement déjà fracturé. À force d’invectives et d’anathèmes, le tribun devrait songer à enfiler le costume d’Hercule pour nettoyer ses propres écuries. Il ne suffit pas de jeter l’opprobre sur ses adversaires pour s’absoudre de ses turpitudes.
« Le diable peut citer les Écritures pour ses besoins » écrivait Shakespeare. À force d’invoquer la liberté, la fraternité et la solidarité pour mieux désigner des ennemis, ne devient-on pas apprenti sorcier ? Face à une jeunesse en quête de repères, les responsables publics ont un devoir d’exemplarité et de modération.
Il est temps de substituer le dialogue au monologue sectaire, l’échange républicain à la surenchère. Aux forces du bloc central comme à la gauche sociale-démocrate de faire émerger des figures capables d’éviter qu’un duel RN-LFI ne devienne l’horizon indépassable de 2027. Le chaos n’est pas un projet.