Après deux mois de guerre, l’impasse. L’édito de Bruno Jeudy

Découvrez l'édito de Bruno Jeudy.
LTD / CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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Troisième mois de guerre au Moyen-Orient, et déjà le parfum entêtant des impasses stratégiques. Donald Trump, qui promettait de régler le sort de l’Iran en quelques semaines à coups de menaces martiales, se retrouve piégé dans un entre-deux périlleux : ni guerre assumée ni paix négociée. Une zone grise qui installe durablement l’incertitude géopolitique et fait vaciller des économies déjà fragiles.
La posture du matamore a vécu. Elle se fracasse sur la réalité d’un régime iranien que l’on disait affaibli, ébranlé par les manifestations de janvier et leur répression sanglante.
Or c’est l’inverse qui se produit : la République islamique se raidit, se consolide, se radicalise. Les Gardiens de la révolution ont repris la main, imposant leur logique de confrontation dans un pays dont Washington a manifestement sous-estimé les ressorts profonds : capacités militaires, endurance stratégique, pouvoir de nuisance régionale. Mais plus encore, la Maison-Blanche a révélé une lacune inquiétante : l’oubli que la géographie commande souvent l’Histoire. Le détroit d’Ormuz n’est pas un détail, c’est une clé.
Faute de résultats tangibles – l’échec des discussions d’Islamabad en est l’illustration –, l’administration américaine cherche des responsables ailleurs. Les alliés européens deviennent les boucs émissaires commodes d’une stratégie en panne. Accusés de tiédeur, tancés publiquement, Français, Britanniques et Italiens avaient à peine été informés de l’attaque du 28 février contre Téhéran. Une désinvolture qui consomme la rupture de confiance et qui ébranle des alliances patiemment construites depuis 1945.
Dès lors, une question s’installe : un allié surpuissant peut-il devenir imprévisible au point d’inquiéter autant qu’un adversaire déclaré ? L’interrogation n’est plus taboue dans les chancelleries européennes. Peut-être faudra-t-il des gestes symboliques, comme la visite d’apparat du roi Charles III, lundi 26 avril à Washington, pour tenter de réintroduire un peu de mesure dans une relation transatlantique malmenée.
Car, pendant ce temps, les conséquences se diffusent, concrètes, quotidiennes. En France, la flambée du prix des carburants rattrape le gouvernement, contraint de bricoler des aides ciblées pour 3 millions de ménages modestes et pour les professions les plus exposées. L’époque des chèques massifs appartient au passé ; les marges de manœuvre se sont évaporées.
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Les signaux économiques s’assombrissent : croissance en berne, consommation hésitante, production industrielle fragilisée. Et, en arrière-plan, une campagne présidentielle qui se profile déjà. Cette guerre, engagée dans la précipitation par un populisme sûr de lui, pourrait rebattre les cartes en 2027. Car les promesses simplistes séduisent moins quand la réalité rappelle brutalement ses contraintes.
La récente défaite de Viktor Orbán en est peut-être le signe. Les électeurs commenceraient-ils à se lasser des certitudes tonitruantes ? En France, plus aucun homme politique ne soutient Trump, encore moins de grands patrons. Hannah Arendt le rappelait avec justesse : « La “radicalité” détruit la relativité et, de ce fait, les relations elles-mêmes. » La leçon mérite d’être méditée. Les crises, elles, ne se résolvent pas à coups de tweets, elles exigent ce que Trump semble le moins capable d’offrir : la patience.
[Edit 28/04 : changement de titre]
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