ENTRETIEN — Les nouveaux documents concernant Jeffrey Epstein ont ravivé certaines théories du complot entourant l'affaire. Pourtant, le fondateur de Conspiracy Watch veut éviter les conclusions hâtives.LA TRIBUNE DIMANCHE – En quoi la publication de ces documents nourrit-elle des théories du complot ?
RUDY REICHSTADT – À chaque vague de publication, les complotistes crient victoire. Ils affirment qu’Epstein n’est pas mort ou a été assassiné. Il y a aussi les fantasmes autour de l’existence d’un réseau pédo-sataniste, de sacrifices rituels, d’infanticides… Or, aucun des documents qui ont été publiés ne corrobore ces affirmations.
Cette affaire contient tous les ingrédients d’un bon thriller : le sexe, l’argent, les puissants et pas n’importe lesquels ! Un ancien président des États-Unis, un président en exercice, Bill Gates, Elon Musk… Que des éléments éclairent les relations de certaines personnalités avec Epstein, c’est certain. Mais ça ne valide aucun des fantasmes complotistes les plus dingues, inspirés notamment par le populisme et l’antisémitisme.
Certains interrogent le fait que ces documents aient été publiés sans précaution…
Il faut en effet avoir à l’esprit l’extraordinaire hétérogénéité et l’incroyable désorganisation des documents. On ne peut pas les filtrer ni savoir très précisément d’où ils proviennent. Et les révélations sont de l’ordre de la moralité : il y a par exemple des gens qui ont maintenu un contact avec Epstein alors même qu’il était condamné. C’est légitime de le souligner, mais ça ne vaut ni complicité, ni culpabilité de crimes pédocriminels.
La transparence — qui était d’ailleurs promise par Donald Trump — devrait pourtant limiter les soupçons ?
C’est ambivalent. En démocratie, la transparence est plutôt une bonne nouvelle. Mais si elle nourrit le voyeurisme et la suspicion, cela joue contre la démocratie. Il y a aussi une constante chez les complotistes qui disent que les preuves les plus accablantes ont été volontairement cachées. On peut répondre que si l’exécutif américain — qui obéit là à une loi votée par le Congrès — en avait eu le pouvoir, il aurait pu cacher tout un tas de choses embarrassantes concernant Donald Trump. Même si tout ça est un peu chaotique, les contre-pouvoirs fonctionnent. C’est quelque part une défaite des complotistes.