OPINION. « Affaire Epstein : Donald Trump pris à son propre piège ? »
Raoul V. Kübler

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À l'heure des bouleversements géopolitiques et commerciaux, l'histoire peut paraître anecdotique. Elle met pourtant le président des États-Unis dans une posture très délicate.
Pas loin d'un tiers des Américains croient aujourd'hui en l'existence d'élites criminelles pratiquant, entre autres, le trafic d'enfants. Or, Donald Trump n'est pas pour rien dans la diffusion de ces croyances complotistes. Nos recherches montrent comment, avec ses équipes, il a consciencieusement répercuté sur les réseaux sociaux les délires des mouvances les plus radicales, reprises ensuite par les grands médias de droite et d'extrême droite, ce qui leur a donné un très large écho, et modelé progressivement les esprits du plus grand nombre.
Une pizzeria du New Jersey a ainsi été accusée en 2015 d'être la plaque tournante d'un trafic d'enfants organisé par Hillary Clinton et son directeur de campagne ! Une rumeur suffisamment crédible pour qu'un homme y surgisse, armé d'une mitraillette pour « délivrer les enfants ».
Les activistes du mouvement QAnon ont aussi accusé les LGBT+ d'être friands de « chair fraîche », prêtant ces mêmes goûts au financier juif Georges Soros ou aux leaders du mouvement Black Lives Matter... Autant d'informations largement relayées sur les réseaux par les proches de Donald Trump.
Ces méthodes de communication décomplexées ont joué un grand rôle dans son accession au pouvoir. Un lien direct entre les actions de désinformation menées par ses partisans et l'affaiblissement des candidats démocrates a pu être mis en évidence. Une augmentation de 50 % des posts de fake news aboutissant à une chute de 40 % des intentions de vote pour Hillary Clinton en 2016.
Plus encore, les rumeurs effrayantes propagées par les partisans de Trump ont poussé beaucoup d'électeurs à chercher refuge auprès de lui, candidat perçu comme seul capable d'assainir le pays de ses élites corrompues.
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Cet historique explique à quel point l'affaire Epstein est problématique pour Donald Trump.
Accepter de déclassifier les dossiers, c'est risquer de voir son nom surgir comme un proche voire un très proche de Jeffrey Epstein. Mais s'y opposer, c'est risquer de s'aliéner ses plus fervents partisans qui le voient comme un chevalier blanc.
Les réactions des militants de MAGA et QAnon, qui ont beaucoup contribué à son élection, pourraient être très fortes. Nous savons, grâce aux travaux menés en psychologie comportementale, que les individus ayant un cadre de pensée rigide et soumis à des informations contradictoires cherchent prioritairement à préserver leur vision du monde.
Plutôt que de renoncer à leurs croyances, les membres les plus radicaux des Républicains pourraient préférer se détacher de celui qu'ils considéraient comme un sauveur, mais qui pourrait n'avoir été qu'un membre de plus du Deep State, cet État profond où sont tapis des criminels voire des pédophiles.
Afin de ne pas alimenter la polémique, le président a d'abord tenté d'étouffer l'affaire en répondant a minima aux interpellations des médias. Mais sans grand succès. En seulement trois jours, fin juillet, le nombre de requêtes Google sur le dossier Epstein a été cinq fois supérieur à celui enregistré lors du décès controversé du criminel.
Donald Trump a alors choisi la contre-attaque en traitant Barak Obama de « chef de gang » et en accusant l'ancien directeur du FBI, James Comey, d'avoir manipulé les dossiers Epstein dès 2015 avec des visées politiques.
Mais ce type de manœuvre, cette fake news de plus, pourrait paradoxalement se retourner contre le président des États-Unis. En effet, notre analyse de plus de 50 millions de tweets issus des campagnes électorales de 2016 et 2020 a montré que les différents thèmes de désinformation se renforcent mutuellement de manière dynamique, chaque élément renvoyant vers un autre, augmentant ainsi fortement l'audience.
Les accusations proférées par Donald Trump contre Barak Obama et James Comey vont donc peut-être convaincre une partie de l'électorat de l'existence d'un complot supplémentaire, mais elles risquent aussi, et peut-être surtout, de doper l'intérêt pour l'affaire Epstein, complètement à rebours de ce qui est recherché.
C'est un piège qui se referme pour Donald Trump — et ce n'est pas un hasard si les membres de la Chambre des représentants ont été envoyés en vacances un jour plus tôt que prévu.
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(1) Kübler, R. V., Manke, K., & Pauwels, K. (2025). I like, I share, I vote: Mapping the dynamic system of political marketing. Journal of Business Research
(2) Pauwels, K. Manke, K., Kübler, R., and Panagopoulos, C. (2025). Polarized and Connected: Measuring Campaign Effects in the 2016 and 2020 U.S. Presidential Elections, SAGE Handbook of Political Marketing,
(3) Kübler, R., Manke, K., and Pauwels, K. (2025): Tuning into the Hateverse - The Dynamics between Conspiracy Theories, Hate Speech, and Offensive Language Usage - Proceedings of the Academy of Marketing World Marketing Congress, Dijon
Raoul V. Kübler