À bord du « MV Hondius », un foyer d’hantavirus relance le spectre d’une pandémie. Verdict des experts : vigilance, mais pas d’affolement.Un bateau, un virus, des morts, des évacuations, des cas contact… La croisière de rêve entre Ushuaïa, en Argentine, et le Cap-Vert a viré au cauchemar sanitaire suivi d’une enquête épidémiologique mondiale. Le responsable est désormais identifié : un hantavirus de la souche des Andes, confirmée par les autorités sud-africaines et les Hôpitaux universitaires de Genève.
C’est le point qui inquiète : parmi les hantavirus, celui des Andes est le seul pour lequel une transmission de personne à personne a été documenté. Mais cette transmission reste rare : « Dans un contexte très précis, de relations très proches ou prolongées. Ce sont des cas familiaux ou des cas en milieu hospitalier, de patient à soignant », précise Virginie Sauvage, responsable du Centre national de référence des hantavirus à l’Institut Pasteur.
Alors, sommes-nous face à un nouveau Sars-CoV-2 ? L’Organisation mondiale de la santé (OMS) répond clairement non. « Ce n’est pas le début d’une épidémie. Ce n’est pas le début d’une pandémie. Ce n’est pas le Covid », a insisté Maria Van Kerkhove, qui dirige le département de prévention et de préparation aux épidémies et pandémies à l’OMS. L’hypothèse la plus probable est qu’un ou plusieurs premiers cas aient été infectés avant l’embarquement, en Amérique du Sud, puis qu’une transmission interhumaine limitée ait eu lieu dans les conditions particulières du navire.
Les hantavirus ne sont pas nouveaux. Leur histoire clinique remonte à la guerre de Corée, dans les années 1950. Depuis, ils circulent sans affoler les radars sanitaires, principalement chez des rongeurs sauvages, qui excrètent le virus dans leurs urines, leurs selles ou leur salive. Chez l’humain, la contamination se fait le plus souvent par inhalation de poussières contaminées. En France métropolitaine, Santé publique France recense en moyenne autour d’une centaine de cas par an, surtout dans le quart nord-est. Les plus exposés sont les forestiers, agriculteurs, chasseurs ou personnes qui nettoient des lieux fermés où des rongeurs ont pu séjourner.