Au Royaume-Uni, la super-grippe sature les hôpitaux
latribune.fr
Le Premier ministre Keir Starmer rend visite à un prestataire de soins de santé dans le Surrey, afin de prononcer un discours sur la réduction des délais d'attente au sein du NHS, le 6 janvier 2025 à Epsom, au Royaume-Uni.
L’Europe affronte une vague de grippe intense et précoce. Au Royaume-Uni, les hospitalisations ont bondi de 55 % en une semaine, conduisant le National Health Service à évoquer un « scénario catastrophe ». En France, l’activité est « comparable » à la saison 2024-2025, marquée par plus de 17 000 morts.
Le service de santé publique britannique (NHS) affronte une crise sanitaire majeure. Meghana Pandit, directrice médicale nationale, décrit la situation comme la « pire situation possible pour cette période de l’année ». L’afflux de patients grippés a mis plusieurs établissements en état d’incident critique. Le ministre de la Santé, Wes Streeting, a comparé cette pression à une « vague de marée de grippe qui déferle sur nos hôpitaux ».
L’ampleur de la vague s’exprime en données précises : 2 660 patients hospitalisés par jour en moyenne durant la semaine précédant le 7 décembre, soit une augmentation de 55 % en une seule semaine. Ce niveau est le plus élevé jamais enregistré pour cette période de l’année.
Jim Mackey, directeur général du NHS England, a averti que 5 000 à 8 000 lits d’hôpitaux pourraient être occupés par des patients grippés d’ici à la fin de la semaine.
Un sous-variant agressif en cause
L’épidémie est portée par une variante mutée de la souche A(H3N2), désignée sous le nom de « sous-clade K ». Les autorités sanitaires ont qualifié cette souche de « super grippe » en raison de sa contagiosité et de sa sévérité. Les souches H3N2 sont problématiques pour les personnes âgées, générant plus d’hospitalisations et de mortalité.
La saturation est visible dans les hôpitaux : le University Hospitals Birmingham NHS Foundation Trust a déclaré un incident critique après avoir traité 460 patients grippés le 8 décembre, dont 269 hospitalisés et sept en soins intensifs. Le Manchester University NHS Foundation Trust dénombrait 101 patients en hospitalisation générale et six en soins intensifs. Le Barts Health NHS Trust, à Londres, comptait 84 patients hospitalisés. Cette tension a conduit le Premier ministre Keir Starmer à estimer que « le NHS se trouve dans sa situation la plus précaire depuis la pandémie de coronavirus ».
Grève des médecins résidents
Cette crise de capacité est aggravée par une crise sociale. Une grève des médecins résidents (ou junior doctors) est prévue pour cinq jours consécutifs, du 17 au 22 décembre. Il s’agit de la quatorzième grève depuis mars 2023.
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Le conflit porte sur une exigence de la British Medical Association (BMA) pour une augmentation salariale supplémentaire de 26 %. Le syndicat cherche à restaurer le pouvoir d’achat érodé de 20,9 % en termes réels depuis 2008, malgré une augmentation totale de 28,9 % accordée sur les trois dernières années.
Le gouvernement a fait une offre le 9 décembre comportant 4 000 places de formation supplémentaires. La proposition exclut toute augmentation salariale additionnelle. Le ministre Wes Streeting a justifié ce refus en affirmant que le gouvernement ne peut et ne veut pas « bouger sur les salaires, surtout après une augmentation de 28,9 % au cours des trois dernières années ». Le Premier ministre Keir Starmer a qualifié l’idée de faire grève dans ce contexte d’« irresponsable » et d’« inimaginable ».
En France : une situation « comparable » au pire millésime
En France, la circulation des virus grippaux s’intensifie. Du 1er au 7 décembre 2025, la hausse des indicateurs a placé l’ensemble des régions en phase épidémique. Cette dynamique est jugée « comparable » à celle observée l’année dernière à la même période, après une saison 2024-2025 qui s’était révélée sévère avec plus de 17 000 décès enregistrés.
L’activité exerce une pression croissante sur le système de soins : la part des syndromes grippaux parmi les actes SOS Médecins s’établit à 10,9 % en première semaine de décembre, soit une hausse de 4 points. Aux urgences, 6 060 passages ont été enregistrés pour syndrome grippal, représentant 1,7 % des passages (+ 0,9 point). Le nombre d’hospitalisations après passage aux urgences pour syndrome grippal s’élève à 983, en augmentation de 0,7 point. Le taux de positivité des prélèvements pour les virus grippaux a bondi de 9,7 points en médecine de ville, atteignant 32,1 % du 1er au 7 décembre.
Le sous-clade K britannique dominant en France
L’analyse de la typologie virale française confirme la menace britannique. Les virus de type A prédominent. Parmi les souches séquencées en France, le sous-clade K est majoritaire pour le sous-type A(H3N2). C’est la même variante qui sévit au Royaume-Uni.
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a appelé « à la mobilisation de tous », insistant sur le fait que la vaccination est la meilleure défense contre les formes graves. La campagne de vaccination est jugée « moins poussive » que l’année précédente. Le ministère de la Santé a dû annoncer fin novembre le déblocage de stocks de sécurité pour pallier le manque de doses remonté par certains pharmaciens.
Une pression globale sur les systèmes de santé
L’épidémie de grippe s’inscrit dans un contexte sanitaire plus large. L’épidémie de bronchiolite se poursuit en France. Les indicateurs de la Covid-19 restent faibles, mais l’indicateur de suivi du SARS-CoV-2 dans les eaux usées augmente pour la deuxième semaine consécutive. Au Royaume-Uni, l’épidémie de norovirus a connu une hausse de 35 %, avec 354 patients hospitalisés par jour en moyenne.
Le pic de l’épidémie de grippe n’est pas encore atteint, laissant présager des semaines difficiles pour les autorités sanitaires.