C'était le 30 août. Dominique Pelicot était un quasi-inconnu en détention et Me Zavarro n'était pas encore surnommée « l'avocate du diable ». Quand elle était venue lui rendre visite au parloir, cette petite femme d'un mètre quarante-cinq l'avait prévenu : « Ce sera vous et moi contre le reste du monde. » Mais jamais cette Marseillaise aux lunettes rouges n'aurait imaginé que sa prédiction serait aussi juste. Quatre mois plus tard, le procès Pelicot se referme en effet sous les yeux du monde entier. Aucun des 40 avocats qui ont vécu ces quinze semaines de procès ne s'attendait à vivre ce que plusieurs décrivent comme l'expérience « la plus marquante » de leur carrière.
Dans le défilé chorégraphié de robes noires qui se tenait chaque jour face à la cour criminelle du Vaucluse, Me Zavarro était d'autant plus isolée qu'elle a dû faire face au poids de l'opinion publique, aux regards venus des bancs des parties civiles sur lesquelles siégeaient Gisèle Pelicot et ses enfants, et, enfin, à ces 50 accusés et leurs avocats, qui ont chargé ce « monstre », « fin manipulateur », « loup », cet « ogre » qu'elle avait pour client. « On peut parler d'un homme sans lui enfoncer la tête sous l'eau », fait-elle remarquer sobrement.
Mais il y a toujours un décalage entre ce que la salle d'audience requiert de mise en scène et la réalité des relations humaines. L'ambiance entre avocats de la défense était bien plus légère lorsqu'ils se sont réunis samedi dernier dans un bar d'Avignon. Jusqu'alors, le seul espace commun qu'ils avaient était cette boucle WhatsApp qui permettait à certains de relater ce qui se passait dans la salle d'audience lorsque les autres étaient absents. Mais ce soir-là, les joutes des prétoires ont été mises de côté. Tous avaient besoin de souffler après avoir défendu leurs clients pour la dernière fois. Autour de petits fours, Me Simonin, qui défendait deux accusés, s'est mis à déclamer des poèmes, l'un d'eux a fêté son anniversaire et tous ont encensé Me Zavarro, sa droiture et sa dignité.