Véronique Dansereau, glaciologue : « Les zones de glace fragmentée s’étendent en Arctique »
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L’enseignante-chercheuse canadienne et glaciologue, Véronique Dansereau.
LTD/DR
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LA TRIBUNE DIMANCHE – À quoi ressemble la banquise, en Arctique, en 2026 ?
VÉRONIQUE DANSEREAU – Une portion de la banquise Arctique est « saisonnière » : c’est-à-dire qu’elle disparaît complètement l’été puis se reforme en hiver. Or cette banquise, en raison des dérèglements climatiques provoqués par l’humain, gagne du terrain par rapport à la banquise « pérenne » (ou pluriannuelle), soit celle qui résiste à l’été. Si bien qu’aujourd’hui, en périphérie de la zone de banquise pérenne, on constate des zones de glace fragmentée par les vagues et la houle, que l’on appelle « zone marginale de glace ». Cet état de glace s’étend et va probablement s’étendre encore significativement en Arctique d’ici à la fin du siècle.
Avec quelles conséquences ?
Si la banquise est largement absente une partie de l’année et plus fragmentée globalement sur toute l’année, cela signifie qu’il y a de moins en moins de glace consolidée, c’est-à-dire « en santé ». C’est elle qui atténue le mieux les vagues et la houle dans l’océan Arctique. Sans elle, la glace peut donc se fragmenter plus facilement. Or, lorsqu’elle est divisée en plus petits morceaux, la banquise fond plus vite, comme des glaçons dans un verre d’eau.
Elle est aussi plus mobile : elle est donc exportée hors de l’Arctique plus facilement. Ce phénomène de fragmentation par les vagues a lieu à l’échelle locale mais peut donc avoir des conséquences plus globales ! Ensuite, la banquise, parce qu’elle est blanche, reflète une grande partie de l’énergie solaire qui atteint l’Arctique. Elle contribue donc grandement à garder cette région froide quand elle est « en santé ». Sa disparition permet une plus grande absorption d’énergie, qui réchauffe la surface et, à son tour, contribue à sa disparition.
Quelles sont les particularités de la glace de mer ?
On pourrait penser que la banquise est comme la glace qui se forme sur un lac calme en hiver : lisse et immobile. Mais ça n’est majoritairement pas le cas ! Sur l’océan, les vents et les courants font bouger la glace dans tous les sens. Cela génère des fractures mais aussi des crêtes de compression. Rapidement après sa formation, la glace n’est donc plus homogène. À la fin de l’hiver, elle commence à fondre et à se disloquer en plaques, qui s’entrechoquent, se cassent et s’arrondissent.