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ÉconomieInternational

Pourquoi l'Arctique est le nouveau terrain de jeu de Trump et... de Poutine

Photo de Mathieu Viviani

Mathieu Viviani

Publié le 31 mars 2025 à 06:00 - Mis à jour le 31 mars 2025 à 09:31

Vladimir Poutine et Donald Trump lors de leur dernière rencontre physique, en 2019 à Osaka, au Japon.

Vladimir Poutine et Donald Trump lors de leur dernière rencontre physique, en 2019 à Osaka, au Japon.

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ANALYSE. Les présidents américain et russe ne convoitent pas la zone Arctique seulement pour des enjeux sécuritaires. Les intérêts économiques y sont prégnants.

« Il nous faut Groenland, il nous le faut ». Prononcée mercredi dernier, cette formule, Donald Trump la répète depuis son retour à la Maison-Blanche. Et comme à chaque fois, ces mots provoquent l'agacement du gouvernement groenlandais et du Danemark, qui gère une partie de son administration. Avec toujours la même réponse en retour : « Le Groenland n'est pas à vendre ».

Une réponse sans effet du côté de l'administration Trump II, qui réitère la même demande et fait monter la pression : la visite vendredi dernier de la base états-unienne de Pituffik au Groenland, par le vice-président américain J. D. Vance, en est une nouvelle illustration. Ce dernier précisant au passage que « l'usage de la force ne sera pas nécessaire ».

L'insistance des Américains est commandée par deux intérêts fondamentaux. Le premier est celui qui fait le plus grand bruit médiatique : posséder ce territoire, permettrait, selon le président Trump, de « mieux assurer la sécurité des États-Unis », et par voie de conséquence, celle « du reste du monde ». Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et la guerre froide qui a suivi, ce territoire est en effet considéré comme le maillon central du bouclier antimissile américain face à la Russie.

Business convergeant entre les États-Unis et la Russie

Mais cet espace géographique recèle aussi des intérêts économiques majeurs pour les États-Unis. D'ailleurs, lors des pourparlers sur la paix en Ukraine à Ryad, plusieurs diplomates américains et russes se sont fait l'écho de discussions spécifiques sur ces enjeux, sans toutefois que soient révélés le contenu exact des conversations.

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Vendredi dernier, Vladimir Poutine a jugé la prise de contrôle du Groenland comme un projet « sérieux ». Le président russe s'est aussi dit ouvert à une collaboration de la Russie avec des « pays amis » dans l'Arctique, et avec les pays occidentaux « s'ils se montrent intéressés ».

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Une perspective qui pourrait coïncider avec celle de Donald Trump, qui, fidèle à sa diplomatie « transactionnelle », a fait de nombreuses déclarations en faveur de la réhabilitation la Russie en tant que partenaire commercial majeur des États-Unis et du monde. Son appel récent à faire de nouveau entrer Moscou dans le système bancaire mondial Swift, et à lever les sanctions pesant sur ses avoirs, illustre bien cette volonté.

Une route maritime en expansion

Avec la fonte des glaces, accentuée par le changement climatique, de nouvelles routes maritimes s'ouvrent dans le cercle polaire. Les Américains le savent, et la Russie aussi. En marge d'un forum sur l'Arctique la semaine passée à Mourmansk (nord-ouest de la Russie), Vladimir Panov, représentant spécial pour le développement de l'Arctique du groupe énergétique russe Rosatom, a annoncé que 37,9 millions de tonnes de frets russes ont été transportés via la « route maritime du Nord » en 2024.

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« Un record », selon lui, pour cette voie commerciale qui espère un jour concurrencer le très emprunté canal de Suez (457 millions de tonnes en transit environ). À ce jour, les marchandises de Chine et certains pays d'Asie du Sud-Est, comme le Vietnam, sont celles qui boostent le trafic dans la zone polaire.

Mais le haut cadre de Rosatom, a tout de même prévenu que ce trajet restait « très coûteux », car il nécessite encore le recours à des bateaux brise-glace à propulsion nucléaire. Par ailleurs, interrogé jeudi dernier par l'AFP, Ke Jin, directeur général de la société chinoise China Freight Forwarding Company, a pointé que le manque d'infrastructures portuaires capables d'accueillir de gros navires demeurait « un des problèmes principaux » au développement de voie arctique.

Les minerais groenlandais, objet de toutes les convoitises

Les minerais du Groenland sont aussi très convoités par les pays occidentaux, la Russie et la Chine. Si depuis 2009, il revient légalement aux Groenlandais de décider de l'usage de leurs matières premières, de nombreux pays occidentaux font un lobbying actif pour accéder à ces ressources du futur, cruciales pour les nouvelles technologies (semi-conducteurs, puces, etc) et les équipements liés à la transition énergétique (énergies solaire et éolienne notamment). Dès 2019, les Américains ont signé un mémorandum sur la coopération dans ce secteur. Quatre ans plus tard, les Européens leur ont emboîté le pas avec leur propre accord de collaboration.

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En outre, les sous-sols groenlandais ont l'avantage d'être extrêmement bien cartographiés. L'Union européenne a ainsi identifié 25 des 34 minéraux de sa liste officielle de matières premières essentielles, y compris des terres rares. « Les acteurs internationaux sont de plus en plus conscients de la nécessité de diversifier leurs sources d'approvisionnement, en particulier lorsqu'il s'agit de la dépendance de la Chine à l'égard des terres rares », expliquait  à l'AFP Ditte Brasso Sørensen, une experte en géopolitique et directrice-adjointe du groupe de réflexion Europa.

Du fantasme à la réalité

Mais tout comme la voie maritime, l'exploitation des minerais de l'Arctique se heurte aussi au manque d'infrastructures : seules deux mines sont exploitées au Groenland, l'une de rubis qui cherche de nouveaux investissements, et l'autre d'anorthosite, un métal qui contient du titane.

Par ailleurs, la chercheuse du groupe de réflexion Europa rappelait cet autre obstacle très concret : « Les conditions climatiques très rudes, un environnement protégé et beaucoup de coûts avec la nécessité de développer les infrastructures physiques et numériques. »

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Encore aujourd'hui, subsiste aussi une opposition des Groenlandais à l'extraction d'uranium dans le sud du territoire. Celle-ci est matérialisée par une législation interdisant l'extraction de produits radioactifs. Enfin, l'exploitation des énergies fossiles est aujourd'hui au point mort, après que les gouvernements successifs du territoire ont suspendu la prospection, misant plutôt sur l'hydroélectricité.

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Autant d'obstacles qui expliquent pourquoi Donald Trump veut faire du Groenland un État américain : si ceci devait arriver, plus aucunes contraintes légales lui seraient ainsi opposées. Et le « business » pourrait naviguer sur les eaux polaires librement.

Mathieu Viviani

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