« Je demande solennellement la réouverture de l’enquête sur l’affaire Epstein en France. » La présidente de l’ONG Innocence en danger tonne au bout du téléphone ce 6 février. Homayra Sellier, engagée depuis vingt-cinq ans dans la lutte contre les violences sexuelles faites aux mineurs, réclame « des éclaircissements indispensables sur d’éventuelles victimes en France et sur le rôle de ressortissants français cités ». C’est elle qui est à l’origine d’une procédure ouverte il y a plus de six ans par la justice française sur les agissements de Jeffrey Epstein et de son associé l’agent de mannequins Jean-Luc Brunel.
En juin 2019, Homayra Sellier est chez elle, à Paris, quand elle reçoit un appel glaçant. Une amie, journaliste américaine, la prévient de l’arrivée imminente dans la capitale d’un délinquant sexuel déjà condamné aux États-Unis. Un certain Jeffrey Epstein. « À l’époque, je ne sais pas qui il est, dit-elle. Je tape son nom sur Google. J’interroge des personnes autour de moi. J’apprends qu’il a conclu un accord en Floride en 2008 et obtenu une peine allégée pour “sollicitation de prostituées”. J’apprends aussi qu’il possède un appartement parisien et qu’il y séjourne souvent. » Quelques jours plus tard, le 6 juillet, Epstein quitte la France et est arrêté par le FBI à l’atterrissage de son jet privé dans le New Jersey. Il est inculpé pour exploitation sexuelle de mineures et placé en détention.