TÉMOIGNAGE – Attachée de presse de cinéma, elle avait 38 ans quand elle a croisé la route de Patrick Bruel. Quinze ans plus tard, elle a décidé de porter plainte pour agression sexuelle.LA TRIBUNE DIMANCHE – Comment réagissez-vous à cette cascade de plaintes déposées contre Patrick Bruel, au moins douze en France et la vôtre en Belgique ?
Je sens que la parole se libère, que les femmes prennent confiance en elles, grâce à celles qui ont déjà témoigné comme moi. De nouvelles plaintes vont arriver très prochainement.
Parallèlement, il y a une pression de certains responsables politiques, comme le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, qui demande à Patrick Bruel de renoncer à ses trois dates parisiennes mi-juin…
Je trouve cela respectueux envers nous. Chez nous, le bourgmestre de Forest [près de Bruxelles] a pris la même position pour la venue de Patrick Bruel le 6 octobre. Je trouve dommage que cette demande ne vienne pas de Patrick Bruel, qu’il ne mette pas en pause sa carrière. Parce qu’il est toujours dans le déni, parce qu’il ne se remet pas du tout en question, il veut continuer ses spectacles.
Selon vous, Patrick Bruel ne peut plus chanter ?
Selon moi, non. Parce que je suis entachée, et c’est à vie. Je pensais être seule, je suis loin d’être seule. On parle, maintenant, et merci au mouvement MeToo ! Cela nous permet d’évoluer, de nous faire entendre, et, enfin, on prend nos témoignages au sérieux.
Racontez-nous les faits que vous dénoncez aujourd’hui. Que s’est-il passé ?
Nous sommes en 1991, à Bruxelles. J’ai 38 ans et je reçois l’équipe du film Comme les 5 doigts de la main. Je vais les chercher à la gare. Dès l’accueil de l’équipe, Patrick Bruel va exprimer sa satisfaction d’avoir une attachée de presse féminine à son goût. Dans le véhicule, ses taquineries sont au départ modestes, floues, mais très vite ça devient du harcèlement. Il me glisse : « Ce soir, tu restes à l’hôtel si on a des besoins. »