Patrick Bruel, la disgrâce. La chronique de Pauline Delassus

Retrouvez la chronique de Pauline Delassus.
LTD/DR

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C’est un tournant dans l’affaire Bruel. Une déflagration médiatique qui voit s’opposer la parole incriminatrice d’une femme célèbre et les dénégations vigoureuses d’un homme qui l’est encore plus. À la fin du mois de mars, nous consacrions une première chronique aux accusations portées contre le chanteur. Elles étaient alors neuf à dénoncer des agressions sexuelles, des tentatives de viol et des viols commis, selon elles, des années 1990 à 2019.
Trois ont porté plainte, notamment Daniela Elstner, la présidente d’Unifrance. La gravité des témoignages de ces femmes et le travail constant des journalistes de Mediapart et du magazine Elle ont convaincu 22 autres victimes présumées de prendre la parole dans la presse. L’une d’entre elles, après avoir usé d’un prénom d’emprunt, a révélé son identité : Flavie Flament.
L’animatrice vient de déposer plainte contre Patrick Bruel pour un viol qui se serait déroulé en 1991 alors qu’elle était âgée de 16 ans et lors duquel elle croit avoir été droguée. « J’ai de nouveau rendez-vous avec mon passé et un homme qui a pillé mon adolescence », a-telle écrit à ses 196.000 abonnés sur Instagram.
Voir cette publication sur InstagramUne publication partagée par Flavie Flament (@flavieflamentoff)
Les faits seraient prescrits, trente-trois ans s’étant écoulés depuis la majorité de Flavie Flament, mais la justice pourrait tout de même s’en emparer, compte tenu du nombre de signalements et parce que trois enquêtes judiciaires distinctes ont été ouvertes récemment à l’encontre de Bruel, à Paris, Saint-Malo et Bruxelles, en Belgique. La question de la sérialité, qui permet à la justice d’enquêter sur des faits prescrits s’ils sont « jumelés » à des faits non prescrits, pourrait être soulevée, comme elle l’est dans l’affaire PPDA.
« Pour que la vérité éclate, pour que justice soit rendue, pour que cessent de se dérober les regards, je joins ma voix à celles des autres femmes qui s’élèvent en France, en Belgique et au Canada, a posté Flavie Flament, qui fut l’une des premières en France à enclencher le mouvement de libération de la parole sur les violences sexuelles. J’attends désormais de la justice qu’elle entende notre parole. » En 2016, un an avant la naissance du mouvement MeToo, elle déclarait avoir été violée à 13 ans par le photographe David Hamilton. Précurseure, l’ex-présentatrice star de TF1, aujourd’hui à la tête d’émissions sur RTL et France 3, s’était alors vu confier par la ministre Laurence Rossignol une mission sur le délai de prescription qui a abouti à la réforme de la loi.
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C’est ce courage d’oser parler « la première » que saluent depuis vendredi des milliers d’internautes, beaucoup faisant part de leur « reconnaissance » à Flavie Flament. « Sache que c’est grâce à tes mots que j’ai réussi à porter plainte pour ce que j’ai vécu dans l’enfance », lui a déclaré l’humoriste Olivia Moore dans l’un des près de 8000 messages reçus de militantes féministes, de personnalités des médias et d’anonymes, femmes et hommes, quand d’autres, sensiblement moins nombreux, doutent et l’invectivent : « Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Quel est votre objectif? »
D’après Christophe Ingrain, avocat de Patrick Bruel, ce dernier reconnaît avoir eu une « relation épisodique » avec Flavie Flament, mais il conteste fermement toutes les accusations de viols et d’agressions sexuelles. Interrogé samedi 16 mai sur RTL, le conseil a précisé que la « première rencontre » avec l’animatrice a bien eu lieu quand elle avait « 16 ou 17 ans », ajoutant : « Lorsqu’elle en a 19, 21, 23, 25, ils continuent de se voir de temps en temps, et ils continuent en effet d’avoir des relations à ce moment-là. »
Si Patrick Bruel demeure présumé innocent, les déclarations chocs de Flavie Flament, figure populaire de notre culture télé, accélère un peu plus la disgrâce d’un homme qui a longtemps semblé intouchable. Depuis janvier, l’ex-idole des années 1980 joue chaque soir devant une salle pleine la pièce de Samuel Benchetrit « Deuxième partie », programmée par le Théâtre Édouard VII jusqu’au 7 juin. Il doit ensuite monter sur scène pour des concerts prévus partout en France jusqu’à la fin de l’année.