Le cas « Bruel ». La chronique de Pauline Delassus

Paulien Delassus revient sur les accusations d'agressions seuxelles, de tentative de viol et de viols qui ont été émises envers le chanteur Patrick Bruel par neuf femmes.
LTD/DR

Paulien Delassus revient sur les accusations d'agressions seuxelles, de tentative de viol et de viols qui ont été émises envers le chanteur Patrick Bruel par neuf femmes.
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Elles sont huit à accuser Patrick Bruel d’agressions sexuelles, de tentative de viol et de viols. Huit femmes, huit victimes présumées, qui osent affronter un homme célèbre et célébré, lui, présumé innocent, qui réfute « toute accusation de viol » et toutes « les allégations de violence, de brutalité ou de contrainte ».
Elles témoignent auprès de Marine Turchi qui enquête depuis 2018 pour Mediapart, journal décidément en pointe sur le sujet des violences sexuelles. Leurs accusations sont précises, datées (entre 1992 et 2019), réitérées et connues de nombreuses personnes de leur entourage personnel et professionnel depuis plusieurs années.
Dans cette affaire, il n’y a ni secret ni amnésie traumatique, mais, à en croire les accusatrices, une impunité décuplée par le statut de « rock star » du mis en cause, une omerta que le pouvoir d’un chanteur si populaire a fait perdurer.
L’une était mineure au moment de l’agression qu’elle raconte. Cinq d’entre elles, des masseuses employées dans divers spas en France, sont à l’origine d’une enquête ouverte en 2019, classée sans suite. Deux autres ont porté plainte, la première pour un viol qui aurait eu lieu en 2012, sur lequel se penche en ce moment le parquet de Saint-Malo.
La deuxième pour une tentative de viol lors d’un festival de cinéma, en 1997, prescrite. Cette dernière s’exprime à visage découvert sur le site d’information. Daniela Elstner, assistante à l’époque, est devenue la directrice générale d’Unifrance. Sa parole pèse lourd, ses mots portent.
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Il faut la lire pour comprendre le douloureux cheminement suivi 30 ans durant, qui lui permet aujourd’hui de déclarer : « Mon ressenti, c’est que j’ai vécu une agression sexuelle et que si je n’étais pas sortie de la chambre, j’aurais été violée. »
Ce « ressenti » s’appuie sur un souvenir circonstancié : « Je me suis retrouvée dans la voiture, portes fermées, avec un homme qui me sautait dessus, m’embrassait de force, me déshabillait, me touchait la poitrine et le reste du corps. Je me souviens […] des propos de Patrick Bruel, qui disait grosso modo : “Mais tu es qui ? Personne ne te croira. Tu n’es rien. Tu sais qui je suis, moi ?”»
Elle poursuit : « Je ne me souviens plus de la manière dont je suis passée de la voiture à sa chambre, à quelques mètres. […] Je me retrouve sur son lit, je me souviens de son poids sur moi. […] J’ai hurlé, je me suis débattue, je l’ai poussé fortement. »
Daniela Elstner a alors 26 ans mais elle ne se tait pas. À des collègues qui la retrouvent en état de choc, elle ose tout dire. À ses supérieurs hiérarchiques aussi, jusqu’à son patron, Daniel Toscan du Plantier, qui exige de Patrick Bruel qu’il fasse des excuses à la jeune femme.
Elle en parle à des amis, plusieurs fois, dans les décennies qui suivent, toujours en dédramatisant. À aucun moment elle n’envisage de saisir la justice. L’époque n’en est pas encore là. « Après l’affaire Weinstein, ça n’a plus été possible », dit-elle à Marine Turchi. L’angoisse monte, difficile à calmer, dès que le chanteur est évoqué ou qu’elle est amenée à le croiser.
Dans un premier temps, elle refuse de répondre à Mediapart. Pour sa fille de 20 ans, et poussée par l’engagement d’Adèle Haenel et de Judith Godrèche, elle s’y décide. Malgré la prescription, elle tient à porter plainte. On voit là l’œuvre de MeToo et du militantisme féministe contemporain qui ont remis au centre l’action, encore très imparfaite, de la police et des magistrats.
Le « cas Bruel » est un exemple type des scandales qui secouent le show-business français depuis 2017 : plusieurs dénonciations de faits allégués, souvent anciens, des récits d’abus de pouvoir, de violences et de traumatismes semblables, le déni d’un milieu professionnel qui a permis de protéger l’homme puissant plutôt que les femmes qui dénoncent. Et le rôle de la presse, déterminant. Depuis la sortie de l’article de Mediapart, une neuvième femme, en Belgique, accuse Patrick Bruel d’agression sexuelle. Elle vient de porter plainte.