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Raphaël Quenard et Jean-Pascal Zadi : « On est des Français de base, des footeux »

Photo de La Tribune Dimanche - Rédaction

Propos recueillis par Solen Cherrier

Publié le 15 février 2026 à 15:44

Les acteurs français Raphaël Quenard et Jean-Pascal Zadi lors de l'avant-première du film « Le Rêve Américain », à Cannes.

Les acteurs français Raphaël Quenard et Jean-Pascal Zadi lors de l'avant-première du film « Le Rêve Américain », à Cannes.

LTD/Syspeo/SIPA

La Tribune Dimanche

N144 ● 05 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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ENTRETIEN — À l’affiche du film « Le Rêve américain » ayant le basket pour toile de fond, les deux comédiens sont surtout de grands malades de football. La preuve.

Fin de journée de promotion du film Le Rêve américain dans un centre culturel de l’Est parisien, les deux acteurs sont : rincé pour l’un, dissipé pour l’autre – on vous laisse répartir les rôles. Une question ballon rond suffit à ranimer la flamme. Inarrêtables. Des rires et des montées dans les aigus à la pelle. Difficile de dresser une liste exhaustive de tous les joueurs cités en quarante-cinq minutes, de Cédric Hengbart – avec qui Jean-Pascal Zadi a joué – à Cristian Rodríguez – que Raphaël Quenard a adoré voir jouer –, mais elle est à l’aune de leur passion.

LA TRIBUNE DIMANCHE — Quel est votre rapport avec le basket?
JEAN-PASCAL ZADI — Très lointain. Je connaissais LeBron James, Stephen Curry, Michael Jordan, Magic Johnson…
RAPHAËL QUENARD — Jay Givens et Black River. Des faux noms, mais ça sonne bien, non.
J.-P.Z. On est vraiment des Français de base. Des footeux.
R.Q. On aime les vraies choses. Cela dit, mon cousin jouait à Saint-Jean-de-Maurienne et ma cousine à Challes-les-Eaux, ça me fait un petit lien avec le basket. Et c’est nous qui jouons dans le film. On a fait quatre mois d’entraînement. Comme Jérémy [Medjana] et Bouna [Ndiaye] se sont rencontrés sur un terrain de basket, il fallait faire transparaître des automatismes naturels. Résultat, je pense qu’Anthony [Marciano, le réalisateur] a eu trop de matière et ne savait pas quoi couper.
J.-P.Z. Il n’y a aucun effet spécial. Parfois, dans les films de sport, il y a des moments gênants. Là, les scènes de basket sont super bien faites.

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Vous avez croisé Victor Wembanyama ?
J.-P.Z. À Paris l’année dernière. On a aussi rencontré ses parents. On est fascinés par la gentillesse du gars. J’ai l’impression que ce qui caractérise vraiment les grands sportifs, c’est la simplicité. Le film, c’est d’ailleurs une success story de gens bien.
R.Q. À la différence de ceux dans le cinéma, les agents de basketteurs investissent sur le joueur. Ça peut leur coûter jusqu’à 1 million d’euros. Entre 12 et 18 ans, ils lui mettent cinq coachs : dribble, shoot, prépa mentale… Rien n’est laissé au hasard afin qu’il ait très vite la maturité pour supporter la pression du haut niveau.

Qui vous touche le plus : Victor Wembanyama ou Kylian Mbappé ?
J.-P.Z et R.Q. [En chœur :] Kylian !
J.-P.Z. Wemby, c’est hors norme. Mais comme je ne pratique pas le basket, ça a plus de mal à infuser en moi. Alors que Mbappé, on voit le chemin par où il est passé.
R.Q. Lionel Messi qui dribble tout le terrain, on a vraiment conscience de la difficulté que ça représente. Tu sais qu’un coup franc de 30 mètres, il faut se lever tôt pour réussir à l’envoyer pleine lulu. Mais on a découvert que le basket, c’est encore pire. Il faut maîtriser ton corps à 360 degrés : pieds, mains, les deux côtés…
J.-P.Z. Je suis d’accord, c’est trop dur. Au foot, si tu as un pied droit extraordinaire et que tu es un peu « guèze » du gauche, tu t’en sors.

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Lequel de vous deux est passé à côté d’une carrière de footballeur ?
R.Q. « Jipé » a atteint un plus haut niveau. Moi, je n’étais pas assez mature pour m’infliger la discipline nécessaire. Je me suis laissé avoir par les petites incartades propres à l’adolescence. Mais franchement, je n’étais pas nul. Défenseur central, j’étais bien.
J.-P.Z. Quand il me raconte des anecdotes, je sens qu’il a du ballon. Entre footeux, on a des mots. Lorsqu’on parle de certaines situations et que tu as l’impression de les éprouver, c’est que le gars a joué. Je pense que Raphaël avait une présence…
R.Q. Une technique.
J.-P.Z. Cette folie qu’il a ramenée dans le cinoche, il devait aussi l’avoir dans le foot.
R.Q. Hé ben tu sais quoi, frère ? Moi, je préférerais faire un geste qui fasse réagir la tribune plutôt que le bon geste.
J.-P.Z. Mais c’est ça, le football ! Moi, j’ai joué en région normande contre des joueurs qui sont devenus professionnels : Bernard Mendy, Mathieu Bodmer, Jean-Alain Boumsong… Ma carrière parle pour moi. J’ai aussi joué contre Mikaël Silvestre. J’étais allé à Rennes pour faire un stage d’une semaine parce qu’ils voulaient me recruter. Je suis parti au bout de deux jours. « Maman, viens me chercher. » Ma mère : « Tu es sûr, mon chéri ? » Moi : « Le foot, ce n’est pas ça pour moi. Je ne suis pas fait pour ça. »
R.Q. Décision hâtive.
J.-P.Z. Le soir, au centre de formation, Mikaël Silvestre me disait : « T’inquiète, ils vont te prendre, t’es vraiment bon. » Mais je trouvais qu’il n’y avait plus d’amour du ballon. C’était très physique, très tactique, très technique. J’étais déjà un artiste, en fait ! Se réveiller pour aller courir dans la forêt et faire de la musculation l’après-midi : mais c’est quoi ça ?
R.Q. Jean-Pascal, c’était un milieu offensif style Jérôme Leroy.
J.-P.Z. Non, si on pouvait me comparer à un joueur, je dirais Javier Pastore, frère.

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Et vous, Raphaël, si on devait vous comparer à un joueur ?
J.-P.Z. Maxime Bossis !
R.Q. Non, moi ça serait Walter Samuel ou Sinisa Mihajlovic. Peut-être José Luis Chilavert, le gardien paraguayen qui tirait des coups francs. Et pour les tacles, José-Karl Pierre-Fanfan. Tu te rappelles son intervention sur Shabani Nonda [en 2003 lors de PSG-Monaco] ? Il lui avait sorti le tibia de la jambe.

Mais votre passion commune, c’est Zlatan Ibrahimovic ?
R.Q. Mon joueur préféré ! Il transforme le sport en art. OK, c’est parfois inutile, mais le panache passe avant tout. Et il a tenu jusqu’à 40 ans. Ça signifie que derrière cette « arrogance médiatique » il y avait une humilité du quotidien.
J.-P.Z. C’est mon gars aussi, je l’aime. Mon fils Amilcar, son deuxième prénom, c’est Zlatan. Avoir son intelligence et son charisme, c’est tout ce qu’on souhaite à son fils. Quand je l’ai choisi, il était à l’AC Milan et je lui vouais un culte incroyable. Juste après, il signait à Paris. J’avoue, c’était un peu difficile.

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Comme d’être supporter de l’OM aujourd’hui 
J.-P.Z. Oui, mais je ne me vois pas changer de club. En fait, c’est surtout dur de supporter les Parisiens qui parlent de Marseille. J’ai un ami qui me fait un pressing éternel. Quand on s’est fait éliminer en Ligue des champions, mon téléphone n’arrêtait pas de vibrer.
R.Q. Quand ton club se fait sortir par un gardien [le but du portier du Benfica contre le Real Madrid a éliminé l’OM par ricochet], il faut commencer à se poser des questions, on ne t’en voudrait pas de changer de bord.
J.-P.Z. Je ne peux pas. Mes enfants sont à fond PSG, ça me permet d’aller au Parc et d’équilibrer. Quand Paris gagne, les enfants sont tellement contents que je suis content. Et quand ils perdent, je suis content. C’est un régal ! Mais ils ont fait tellement de mal à mes enfants. La dernière remontada, contre Manchester United… [Il hurle.] Mais mes enfants ont souffert !
R.Q. C’était dur jusqu’à il y a deux ans. La victoire en finale de Ligue des champions, c’est une des plus belles émotions de ma vie. Je la rapproche de celle de l’Euro 2000. Et de la Coupe du monde de 2018. Bon, 2022 c’était beau malgré tout…
J.-P.Z. Oh là là, c’est un des jours les plus tristes. Si Randal [Kolo Muani] n’avait pas voulu jouer au héros… L’autre [Emiliano Martínez, gardien de l’Argentine] lui a tendu un piège. Tu veux que je te dise pourquoi on l’a perdue, cette Coupe du monde ? Parce qu’il n’y avait pas Karim [Benzema], frère. Avec lui, on la prend tranquille. Même remplaçant. Mais comment on peut se passer de ce gars ?

Autre point commun : vos clubs de cœur, Caen et Grenoble, n’ont pas la grande forme ?
J.-P.Z. Tout de suite les sujets qui fâchent.
R.Q. J’étais abonné à Grenoble, à l’époque de Grégory Wimbée, Nassim Akrour, Laurent Batlles, Sofiane Feghouli… Les Japonais qui avaient racheté le club nous avaient dit : « Dans cinq ans, on gagne la Ligue des champions. » On avait une équipe de fou, je te jure, je croyais qu’on allait la gagner. Deux ans plus tard, on était relégué en CFA 2 pour des histoires financières. On est remontés en Ligue 2 à la force des bras.
J.-P.Z. Ah, vous êtes en Ligue 2 ? Nous, on en est descendus.

Depuis que Kylian Mbappé a racheté le club…
J.-P.Z. Je ne pense pas que ça soit à cause de lui si on est en National. La mauvaise gestion datait d’avant. Je suis allé voir quelques matchs avec Orelsan, tu sentais qu’il n’y avait plus la flamme. Le Stade Malherbe que je connais, c’est celui de Xavier Gravelaine, de Benoît Cauet, de la Coupe d’Europe… « Normands et conquérants », c’était notre slogan. Ça va revenir car Caen est un très grand club, il ne faut pas se leurrer.

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Le foot, c’était mieux avant ?
J.-P.Z. Disons qu’on a plus affaire à des athlètes qu’à des artistes, aujourd’hui.
R.Q. C’est fou, hein ? Avant, il y avait des Pirlo, Totti, Recoba, Cambiasso, Scholes… Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il y a moins de joueurs avec une singularité. C’est qui le gros tireur de coup franc à la Juninho ? Il n’y en a plus.
J.-P.Z. Ah ! Les compils de Juninho, c’est trop. Franchement, on ne se rendait pas compte.
R.Q. Si, je m’en rendais compte. Je me rappelle un coup franc contre le Werder de Brême. Exceptionnel. On avait l’impression que le ballon entrait dans un coussin.

Vous êtes du genre à bugger quand vous tombez sur des compils d’actions ?
J.-P.Z. Mais t’es sérieux ? Mon algorithme, c’est que ça. Plein de trucs de foot africain : quand ils dribblent et que les gens tombent par terre. Avec la musique et tout. Du futsal aussi : râteaux, petits ponts…
R.Q. Moi, je n’ai que du Ronaldinho sur Freed from Desire ! La dernière fois, je me suis tapé une compil de Ryan Giggs. Les gauchers, c’est trop beau. À Paris, j’adorais Nenê. Bon, les meilleures compils, ça reste Zlatan. Derrière Cristiano [Ronaldo] et Messi, ça, tu ne peux rien y faire.
J.-P.Z. Ah, Cricri… Attends, tu sais qui est arrivé sur mon fil, comme ça, l’autre jour ? Dimitar Berbatov !
R.Q. Dimitar, quel opportuniste ! Celui que j’aimais de folie, c’est Pipo Inzaghi. Le voir marquer un but dégueulasse et partir vers le public comme un dingue, ça se rapproche d’un orgasme. Le contraste entre sa joie et l’esthétique de la réalisation est indépassable. Aujourd’hui, j’aime bien Erling Haaland. Il me touche quand je le vois accélérer en se penchant comme ça [Il l’imite].
J.-P.Z. Ils ont été très injustes avec lui pour le Ballon d’or 2023. Il gagne la Ligue des champions, pète le record de buts en Angleterre… Résultat : Messi ! À proprement parler, un scandale.

Et Ousmane Dembélé, vous le placez où ?
J.-P.Z. Déjà, il vient d’Évreux donc c’est mon frère. Quand il était à Barcelone, c’était un sport national de se foutre de sa gueule. Je me rappelle une embrouille avec un pote qui me disait : « Il n’évoluera JAMAIS. C’est MORT ! » Moi : « Mais il a 24 ans ! » Aujourd’hui, tout le monde ne jure que par lui mais il vient de loin, Ousmane ! Son Ballon d’or, c’est une des plus belles revanches de ma vie.
R.Q. Il a rencontré Jésus-Christ dans une surface de réparation. 

Propos recueillis par Solen Cherrier

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