Voilà 33 jours qu’ils ont quitté Ouessant pour se lancer à la conquête du Trophée Jules-Verne. Depuis, pas une empoignade à déplorer à bord, pas même une dispute un peu trop vive, jurent les sept marins de Sodebo Ultim 3, la main sur le ciré. Et même, au contraire, « une atmosphère agréable, avec des moments où on se marre bien », savoure le skipper remplaçant Léonard Legrand depuis le large du Brésil, où le voilier pointait samedi avec une avance très légère sur le record du tour du monde (40 jours et 23 heures, établi en 2017 par Francis Joyon).
Cette entente cordiale n’était pas écrite d’avance, et continue de se conjuguer au jour le jour. Leur maison flottante est une bête de course conçue pour aller vite, pas pour bichonner des plaisanciers. Pourvue d’un confort minimaliste, elle impose une promiscuité rare, entre des colocataires qui se respectent mais ne sont pas intimes à terre. Pierre Leboucher, le spécialiste des réglages et des réparations, décrypte : « On prend sur nous parce qu’on est des compétiteurs et qu’on sait que l’équipage, c’est un sport collectif, Tu as beau avoir des mecs hyper forts, s’ils ne s’entendent pas, ça ne marchera pas. »
La compétition est un ciment à prise rapide, mais le sept majeur de Sodebo n’en reste pas moins composé de natures solitaires. Les gens de mer ont le caractère trempé et le goût du large, pas celui de se marcher sur les bottes dans un cockpit de 15 mètres carrés. « Je connais plein de marins avec lesquels je ne serai jamais parti », avoue Leboucher. On a déjà vu des projets ne pas se mettre à l’eau pour des affaires d’égo. « Quand j’ai été recruté en dernière minute pour être chef de quart l’an dernier, j’avais un peu d’appréhension parce que je ne connaissais pas bien tout le monde », admet le co-skipper Benjamin Schwartz.