XV de France : au poste de pilier droit, la difficile quête de l’homme fort

Dorian Aldegheri (au centre), pilier droit des Bleus, contre l’Italie au stade Pierre Mauroy à Villeneuve d’Ascq le 22 février 2026.
LTD/MOUNIC ALAIN/Presse Sports

Dorian Aldegheri (au centre), pilier droit des Bleus, contre l’Italie au stade Pierre Mauroy à Villeneuve d’Ascq le 22 février 2026.
LTD/MOUNIC ALAIN/Presse Sports
Au repos. Titulaire de bout en bout du Tournoi des Six Nations, Dorian Aldegheri devrait être dispensé par son manager Ugo Mola du déplacement à Bordeaux, pour le choc de la 19e journée de Top 14 (Canal+, 21h05 ce dimanche). Une pause bienvenue pour celui qui, pendant six semaines, a porté le poids d'un héritage écrasant.
Car l'ombre géante d'Uini Atonio (68 sélections) plane toujours sur le poste de pilier droit du XV de France. Contraint de stopper brutalement sa carrière en janvier en raison de problèmes cardiaques, celui-ci laisse un vide proportionnel à son gabarit (1,96 mètre, 145 kilos) : « Atonio était un joueur qui changeait une équipe à lui seul », résume Laurent Sempéré, adjoint de Fabien Galthié.
Du haut de ses 32 ans et de ses 27 sélections, Dorian Aldegheri (1,80 mètre, 119 kilos) n'a pas ce superpouvoir. Sa titularisation lors du Tournoi aux dépens de Régis Montagne (25 ans), qui avait débuté les trois tests de l'automne, a même surpris – le Clermontois a finalement été opéré d'une hernie cervicale. Le Bayonnais de 23 ans Tevita Tatafu, très apprécié du staff, aurait également pu lui griller la politesse, mais il s'est bloqué le dos. Le Bordelais Sipili Falatea (28 ans), le Toulousain Georges-Henri Colombe (27 ans) ou le Racingman Demba Bamba (28 ans) restent dans le champ de vision du sélectionneur, mais aucun ne s'impose.
En comparaison avec les plus jeunes, les limites de Dorian Aldegheri dans le jeu sont connues. Mais lui offre des gages d'expérience et des garanties en mêlée, cet exercice de force et de haute technicité, où le placement du dos doit être millimétré. Il a même semblé gagner en mobilité pendant la compétition, ce qui le placerait désormais en pôle pour la Coupe du monde 2027 en Australie. « Certains le critiquent, mais il est toujours là, son tournoi a été très honorable », loue Jean-Baptiste Poux, ancien international à ce poste et membre du staff de l'Union Bordeaux Bègles. Reste qu'en mêlée fermée, le XV de France a régulièrement souffert cet hiver.
Pourquoi ce numéro 3 est-il si difficile à endosser ? Alexandre Castola, entraîneur de la mêlée à Clermont, décrit la tâche de cet homme et demi : « Le pilier droit reçoit la pression directe du talonneur et du pilier gauche adverse. Beaucoup d'axes de poussée sont orientés vers lui. » Même si la mêlée reste une œuvre collective, il est celui sur lequel elle repose le plus. Quand elle s'effondre, il écope le plus souvent de la pénalité, parfois alors que son talonneur ou un deuxième ligne est en réalité responsable de ses difficultés par une mauvaise liaison.
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Cette image connue du pilier sanctionné est l'une des raisons qui explique le faible vivier tricolore. Les piliers encaissent les critiques, la gloire enlumine les trois-quarts. « Pour avoir des jeunes qui ont envie de devenir pilier droit, il faut mettre en avant des modèles », recommande Alexandre Castola, qui se souvient des Christian Califano, Franck Tournaire et Pieter de Villiers de sa jeunesse. Le seul médiatisé ces dernières années est Uini Atonio, aux mensurations tellement hors norme qu'il est peu concevable pour un adolescent de s'identifier au colosse d'origine samoane. Et quand les candidats sont là surviennent les difficultés pour les former.
En moins de 18 ans, la poussée est limitée à 1,50 mètre pour préserver leur santé. « Être pilier en jeunes et en Top 14, ce n'est pas pratiquer le même rugby », éclaire Jean-Baptiste Poux. Pendant que le geste du demi d'ouverture ou de l'arrière se répète à l'identique depuis l'école de rugby jusqu'aux grandes finales, le pilier doit se transformer à chaque palier, sans se lasser.
« Il faut accepter de beaucoup souffrir et se remettre en question avant de maîtriser le rôle techniquement et physiquement, reprend l'entraîneur bordelais. C'est pour ça que les bons piliers, et notamment les droitiers, sont rares. » Alexandre Castola souligne également « la grande différence entre être capable de stabiliser une mêlée et être capable de la dominer ». Ce savoir-faire s'acquiert avec les muscles qui se développent, les cicatrices, les confrontations répétées…
Le fossé entre le Top 14 et le niveau international demeure à ce poste si sensible. L'Afrique du Sud et les pays du Pacifique ont « la chance d'avoir des gabarits qui correspondent aux jeux frontaux de puissance », observe le coach clermontois. Les Springboks possèdent aussi un rapport culturel au combat physique qui se transmet de génération en génération. Le réservoir des doubles champions du monde semble inépuisable. Après le monstrueux Frans Malherbe, ils ont vu émerger Thomas Du Toit et Wilco Louw. Sous le regard envieux de Fabien Galthié.