Rugby : Face aux Anglo-Saxons, Bordeaux s'est encore montré supérieur

Maxime Lucu (UBB) soulève le trophée de la Champions Cup après la finale remportée face à Leinster, le 23 mai à Bilbao.
LTD / Vincent West / REUTERS

Maxime Lucu (UBB) soulève le trophée de la Champions Cup après la finale remportée face à Leinster, le 23 mai à Bilbao.
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À force, la Champions Cup finit par ressembler à un nouvel épisode d’Astérix, avec les Anglo-Saxons dans le costume de Romains invariablement balayés par des Gaulois survitaminés. Pour la sixième fois d’affilée, un club français a remporté la reine des Coupes d’Europe. Et comme l’an dernier, c’est l’Union Bordeaux Bègles qui s’y est collée.
Après avoir terrassé Northampton en 2025, les Bordelais ont dispersé le fantôme du Leinster (41-19) à Bilbao dans une enceinte envahie par les Français, déjà témoins la veille du triomphe de Montpellier contre l’Ulster en finale de Challenge Cup (59-26). Avec la victoire des Bleus dans le Tournoi des Six Nations, c’est une suprématie aux contours clairs qui se dessine.
Le Stade toulousain et La Rochelle s’étaient partagé les quatre éditions précédentes, l’UBB prolonge désormais la dynastie. En conservant son titre, le club girondin réussit même là où son modèle revendiqué, le Stade toulousain, a toujours échoué malgré ses six conquêtes continentales : Bordeaux Bègles devient le sixième club à conserver sa couronne européenne – après Leicester, le Leinster, Toulon, les Saracens et La Rochelle. Avec seize victoires consécutives en Champions Cup, c’est même une série d’invincibilité jamais vue dans l’histoire de la compétition.
Et les choses ont été vite claires. Dès la première période. Avec cinq essais, dont deux de Louis Bielle-Biarrey, l’UBB a plié l’affaire (35-7). L’ailier français, désigné meilleur joueur de la compétition, aligne des statistiques irréelles : après ses 9 essais du Tournoi des Six Nations, il en a inscrit 10 des 48 bordelais de la saison en Champions Cup. Les Irlandais, eux, ont semblé tout donner dans leur seul essai de première mi-temps, ponctué par 18 temps de jeu pour l’ouverture du score. Avant de disparaître.
La chaleur espagnole, plus familière dans le Sud-Ouest qu’à Dublin, ne les a probablement pas aidés. Entre deux pauses fraîcheur, les joueurs du Leinster ont tout raté et les Bordelais ont déroulé, très supérieurs physiquement. La seconde période, d’un niveau sensiblement moindre, a presque été anecdotique. Malgré deux cartons jaunes et deux essais subis, les hommes de Yannick Bru n’ont jamais tremblé. Pour la province irlandaise, constellée d’internationaux du XV du Trèfle, naguère terreur du continent, c’est une cinquième finale perdue depuis 2019. Il s’agit surtout de sa défaite la plus cinglante.
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Il faut même remonter à 2012 et sa victoire contre l’Ulster (42-14) pour retrouver un écart aussi important dans une finale européenne, le seul d’ailleurs. « On banalise parfois ces moments-là, mais on a fait quelque chose de très grand aujourd’hui », a savouré le demi de mêlée Maxime Lucu, homme du match malgré son carton jaune, ravi de s’être fait remettre son maillot la veille par Bixente Lizarazu, autre Basque bondissant. « On a fait un match exceptionnel, j’avais l’impression que tout tournait en notre faveur », a abondé Damian Penaud, encore positionné au centre, infranchissable en défense aux côtés de Yoram Moefana.
Ce titre est un joli cadeau pour les vingt ans d’existence d’un club encore inconnu outre-Manche il y a cinq ans. L’architecte de cette construction se nomme Laurent Marti, président depuis 2007, fin connaisseur du jeu et des joueurs. Mais l’entrepreneur l’admet : longtemps, l’UBB a trop misé sur le talent de sa ligne arrière. Une patrouille de France étincelante, parfois contrainte de porter seule l’ambition offensive du club. Le terrain est désormais préparé par une armée de terre puissante et destructrice.
Cameron Woki, sorti blessé et en pleurs en fin de match, s’est imposé cette saison comme l’un des meilleurs flankers du championnat. Le pilier droit Carlü Sadie frappe à la porte des Springboks. Son remplaçant, le terrifiant « Big Ben » Tameifuna, est perçu comme l’un des meilleurs impact players du monde.
Grand artisan de ce doublé, le manager Yannick Bru s’est offert le luxe, un rien humiliant pour le Leinster, de préserver Matthieu Jalibert en le sortant à dix minutes de la fin. « Ce back to back est magnifique, mais je ne peux pas m’empêcher de penser au Top 14 la semaine prochaine », a lancé l’ouvreur international. Car le championnat domestique résiste encore à l’UBB, seulement 5e à deux journées de la fin de la saison régulière. Le club s’éclate en Champions Cup mais le Brennus lui résiste encore. Pour combien de temps ? La France est peut-être un territoire plus compliqué à conquérir.
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