« Disclosure Day », « A Second Life », « The Christophers »... Notre sélection cinéma de la semaine
Spielberg revient avec de la science fiction, Soderbergh tire le portraits de faussaires, Slama raconte la dépression en milieu urbain, au cinéma cette semaine du 8 juin.
Pour « Disclosure Day », son 37e long-métrage, le réalisateur d’« E.T. » renoue avec l’un de ses personnages favoris: l’extraterrestre.
Mercredi 10 juin sera en France le « jour de la révélation » (disclosure day, en anglais) dans nombre de salles de cinéma et pour les très nombreux fans de Steven Spielberg. Une sortie en forme d’événement comme pour chaque nouveau film de celui qui, depuis ses débuts en 1972, occupe une place à part dans la planète hollywoodienne.
Suspense, marketing et embargo critique jusqu’à la sortie obligent, il a fallu jusque-là se contenter d’une bande-annonce de trois minutes, intrigante à souhait, où l’on voit Emily Blunt « parler » alien, ainsi que d’un synopsis officiel que n’aurait pas renié Nostradamus en raison de son côté volontairement obscur : « Si vous découvriez que nous ne sommes pas seuls, si quelqu’un vous le montrait, vous le prouvait, cela vous effraierait-il? La vérité appartient à 7 milliards de personnes. »
Quelques rares indiscrétions distillées avec parcimonie par la production auront aidé à compléter le tableau, avec pour seule certitude que la science-fiction fait son grand retour chez Spielberg, huit ans après Ready Player One puis un passage par la comédie musicale (le remake de West Side Story) et un inhabituel récit intimiste (The Fabelmans). Le mystère est d’autant plus épais que le film ne sort que le 12 juin aux États-Unis, deux jours après la France par conséquent.
Mais Universal Pictures, qui le distribue, compte beaucoup sur le film pour relancer la machine hollywoodienne des blockbusters, persuadé qu’un nouveau Spielberg « science-fiction » fait toujours recette. Le cinéaste a d’ailleurs fait appel à David Koepp pour tisser la toile de ce nouveau scénario. C’est à lui en effet que l’on doit les scripts de Jurassic Park, Indiana Jones et le Cadran de la destinée et La Guerre des mondes.
Quant aux premières images du film, elles révèlent des tons froids et métalliques qui tranchent avec la chaleur habituelle des films du cinéaste et semblent créer une atmosphère parfaitement paranoïaque et conspirationniste, en adéquation avec le propos général. Tout est donc fait pour que cette « révélation » soit à la hauteur de la réputation du magicien Spielberg.
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Enfin, et sans vouloir faire injure aux idées démocrates que Spielberg a toujours professées, il faut reconnaître que Disclosure Day et ses créatures venues d’ailleurs collent parfaitement aux nouvelles obsessions du président des États-Unis. En mai, sur son réseau, Truth Social, Donald Trump ne partageait-il pas une image générée par l’IA le montrant avec un alien enchaîné sur une base militaire ? Une façon bien à lui d’annoncer la deuxième vague de dossiers déclassifiés par le Pentagone et impliquant des « phénomènes aériens non identifiés ».
Si les États-Unis n’ont pas inventé les extraterrestres, on sait cependant que la culture américaine, à travers le cinéma, la littérature et les jeux vidéo notamment, en a fait un sujet permanent. De ce point de vue, et avec sa dimension complotiste indéniable, le film de Spielberg s’inscrit au moins dans un air du temps qui fait la part belle aux petits hommes verts devenus plutôt gris et musclés mais toujours chauves et hydrocéphales.
Disclosure Day, de Steven Spielberg, avec Emily Blunt. 2 h 25. Sortie le mercredi 10 juin.
En silence (3,5⭐/5)
Le jour de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, Élisabeth jongle entre la gestion de locations de courte durée et sa dépression. Et pour échapper au chaos de la ville et du monde, il lui arrive de retirer purement et simplement ses appareils auditifs pour trouver un silence réparateur. C’est l’argument d’A Second Life, le premier long-métrage écrit et réalisé par Laurent Slama.
Soit, en soixante-dix-sept minutes, une véritable immersion dans une capitale trépidante envahie par les touristes, entre enthousiasme et excitation. Entouré d’une équipe très réduite, le réalisateur a choisi de tourner évidemment en décors réels et parfois même sans les traditionnelles autorisations. L’une des qualités majeures du film est alors la façon dont il restitue ces atmosphères si particulières, captant avec intensité l’énergie d’une ville et de ses habitants. Le personnage principal semble presque toujours en contradiction avec cette fièvre collective. Pour l’incarner, on retrouve l’actrice Agathe Rousselle, que l’on avait un peu perdue de vue depuis un premier rôle ô combien marquant dans Titane de Julia Ducournau (Palme d’or du Festival de Cannes en 2021). Autant d’atouts qui font de ce premier film un essai plutôt réussi.
A Second Life, de Laurent Slama, avec Agathe Rousselle, Alex Lawther, Suzy Bemlba, Jonas Bachan. 1 h 17. Sortie le mercredi 10 juin.
En trompe-l’œil (3⭐/5)
Steven Soderbergh serait-il un peu trop prolifique ? Au rythme d’un film tous les six mois ou presque, la question est légitime. Et son corrélat tout autant : la qualité se fait inégale de temps à autre, il faut bien l’avouer. Certes, avec ce nouvel opus intitulé The Christophers, le cinéaste nous plonge malicieusement dans l’un de ces films d’arnaque et de faussaire que le 7e art aime tant : deux enfants d’un célèbre peintre londonien recrutent une jeune artiste capable de terminer certaines toiles inachevées à l’insu de leur auteur et à des fins évidemment mercantiles.
Mais il serait trop simple pour Soderbergh de s’en tenir à cette situation qui finalement ne semble guère l’intéresser. Il lui préfère de longues joutes verbales entre la faussaire et le peintre, quitte à nous perdre en chemin. Michaela Coel et Ian McKellen sont certes impeccables dans ces deux rôles antagonistes, mais l’ensemble manque terriblement de relief et de nuance. Comme si Soderbergh, englué dans cet univers pictural, n’avait brossé que la vague esquisse d’un grand tableau qui ne verra jamais le jour. On attend déjà le prochain.
The Christophers, de Steven Soderbergh, avec Ian McKellen, Michaela Coel, James Corden. 1 h 40. Sortie le mercredi 10 juin.