Michelin entend réduire la consommation énergétique de ses usines de 24 % d'ici à 2030 et même de 47 % d'ici à 2050 par rapport à 2019. Déploiement de presses de cuisson électriques, recours aux énergies renouvelables ou à l’éclairage LED… Le groupe va consacrer 100 millions d’euros cette année à ces projets, soit cinq fois plus qu’il y a cinq ans.La troisième programmation pluriannuelle de l’énergie, dont le décret a été publié mi-février, fixe le cap : passer de 60 % d’énergies fossiles aujourd’hui dans la consommation française… à 60 % d’énergies décarbonées d’ici à 2030. La France doit donc inverser la tendance afin de réduire ses dépendances, enjeu d’autant plus prégnant dans le contexte actuel de guerre au Moyen-Orient. Pour y parvenir, le gouvernement mise notamment sur l'électrification accélérée de l'industrie, une dynamique dans laquelle Michelin s'est engagé depuis plusieurs années.
Le manufacturier auvergnat opère en effet une véritable révolution dans le process de fabrication de ses pneus. Il remplace progressivement son procédé traditionnel de cuisson, réalisé à partir de vapeur issue de chaudières à gaz, par des presses de cuisson électriques. Et cela n’a rien d’anodin quand on sait que ces presses représentent un tiers de la consommation énergétique du groupe.
« Cette transformation est l'un des leviers majeurs qui nous permet d'avancer sur notre sobriété, puisque l’efficacité énergétique de ces presses électriques est six à huit fois supérieure à celle des presses à vapeur. Nous consommons donc moins. Cela nous permet aussi d’accélérer notre décarbonation, puisque nous avons de plus en plus recours à l’électricité renouvelable », précise Lisebelle Jussaume, responsable programmes eau énergie CO2 industrie Monde chez Michelin.
Déploiement long et coûteux
Une manière aussi pour le numéro 1 mondial du pneu de se passer du gaz et de sécuriser davantage ses approvisionnements, alors que le groupe reconnaît quelques tensions liées aux conflits en cours. Michelin (26 milliards d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier) vise 70% de cuisson électrique au niveau mondial en 2050. Contre seulement 18% aujourd’hui.
« Le déploiement de ces solutions est coûteux et nécessite du temps. Sur certaines tailles de pneus, notamment de grande référence, le prototypage des presses électriques est toujours en cours », explique Lisebelle Jussaume.