Selon l'index mondial de Dealroom, la capitale britannique a vu ses investissements bondir de 45 % en un jour, portée par des méta-levées de fonds dans l'intelligence artificielle, reléguant Paris au deuxième rang européen.
Londres a connu une année record en terme d'investissement dans l'IA, avec notamment les levées de start-up comme Ineffable Intelligence et Isomorphic Labs, issues de DeepMind. Paris, qui était devant la capitale britannique l'an dernier, reste une place très forte de la tech européenne, rassure Dealroom.
Un règne de courte durée. L'an passé, le rapport Global Tech Ecosystem Index de Dealroom avait érigé Paris comme la ville la plus dynamique d'Europe, portée par l'effervescence de son écosystème IA. L'edition 2026 replace la capitale britannique en tête. « Londres a toujours été deux à trois fois plus grande en tant qu'écosystème et plus âgée aussi, mais Paris connaissait une croissance plus rapide l'an dernier, qui a été freinée cette année par l'accélération de Londres en matière de levée de fonds », explique Yoram Wijngaarde, fondateur et directeur général de Dealroom.
L'IA représente 30 % du capital-risque en Europe
La capitale française reste néanmoins une puissance tech de premier plan, et « la locomotive » de l’IA européenne selon Dealroom. Elle se maintient au 8e rang mondial des "Global Champions" et lève 5 milliards de dollars (4,6 milliards d'euros) de capital-risque, portée par Mistral, AMI Labs, la start-up de Yann LeCun déjà valorisée 3,5 milliards de dollars (3,2 milliards d'euros), ou encore Mirakl. L'IA représente désormais près de 30 % de l'ensemble des investissements en capital-risque en Europe, une tendance dont Paris est l'un des principaux moteurs. L'écosystème francilien compte plus de 16 000 startups, 35 licornes, et une valeur d'entreprise cumulée de 288 milliards de dollars pour le seul Paris central, à laquelle s'ajoutent les 5 600 startups et 84 milliards de dollars valeur d'entreprise de l'Île-de-France hors Paris intra-muros.
Mais l'élan s'est quelque peu tassé. « L'an dernier, Paris était perçue comme le nouveau « kid on the block », avec une très forte dynamique. Maintenant, l'écosystème est plus installé », analyse Yoram Wijngaarde.
Londres, dopée à l'effet DeepMind
De son côté, la capitale britannique a connu une année record. Les entreprises tech londoniennes ont levé 17,8 milliards de dollars (16,4 milliards d'euros) l'an dernier, en hausse de 45 % par rapport à 2024, et la ville abrite désormais 138 licornes. Le Royaume-Uni a attiré 7 milliards de dollars (6,5 milliards d'euros) d'investissement dans l'IA en 2025, contre 3,9 milliards (3,6 milliards d'euros) en 2024. Selon Yoram Wijngaarde, l’essor est notamment lié à un « effet DeepMind », les anciens talents du laboratoire de Google essaimant et créant de nouvelles entreprises à fort impact. Ineffable Intelligence, fondée par un ancien Chief Scientist de DeepMind, qui a levé un milliard de dollars en février 2026. Isomorphic Labs, spin-off de DeepMind, qui a réalisé un tour de table de 2,1 milliards de dollars (1,9 milliards d'euros) récemment pour trouver de nouveaux traitements à l’aide de l’IA ; NScale, qui construit des infrastructures de calcul dédiées à l’IA, qui a levé 2 milliards de dollars (1,8 milliards d'euros) en mars ; Wayve, la société de conduite autonome, récemment valorisée plus de 8 milliards de dollars (7,4 milliards d'euros), contribuent également à l’accélération de Londres.
Le déclassement de Paris ne doit toutefois pas être surinterprété, selon Yoram Wijngaarde. « Les deux villes sont en croissance et ne déclinent absolument pas. » Il préfère y voir une opportunité. « Paris et Londres sont à deux heures de train, bien plus proches que la plupart des grands hubs tech américains. Cette proximité peut permettre beaucoup de collaborations et de partage de savoirs. » Même si pour l'heure, malgré les velléités d'entreprises comme Mistral de se positionner comme startup européenne plutôt que française, les hubs d'innovation collaborent encore assez peu, estime-t-il, et les politiques n’encouragent pas assez les liens entre ces écosystèmes.
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Plus globalement, le rapport montre que l'Europe pèse dans la course mondiale à l'innovation. Si le continent ne comprend que 3 villes parmi les « global leaders » (évalués selon la valorisation des start-up et leur nombre), il est bien positionné sur un le classement « Density Leaders » publié par Dealroom qui se base sur les investissements et le nombre de start-up par million d'habitants. L’Europe compte 45 villes dans le top 100 mondial de ces "Density Leaders", contre 40 pour l'Amérique du Nord. Cambridge se classe notamment au troisième rang mondial dans cette catégorie, derrière la Bay Area et Boston. S’y trouvent également Gand (Belgique) et Lausanne, poussées par leur bon tissu deeptech. « La deeptech, qui était un investissement de niche pendant longtemps, est devenue mainstream », analyse Yoram Wijngaarde.
Une nouvelle période de concentration de l’innovation
Mais pour lui, les données sont sans appel : le centre de gravité est revenu aux États-Unis. « Il y a eu un moment, ces dix dernières années, où la révolution start-up commençait à se mondialiser, et c'est toujours le cas. Mais la vraie pointe de l'innovation s'est récemment davantage concentrée aux États-Unis, notamment parce que les hyperscalers disposent de capitaux quasi illimités à investir. Or, construire des modèles d'IA de pointe est extrêmement capitalistique », explique-t-il.
En Europe, le financement progresse et 2026 s'annonce comme une bonne année, mais il croît encore plus vite outre-Atlantique. « La part allant vers la région de San Francisco a augmenté, et en Europe, la part allant à Londres a augmenté. La concentration est de retour. »