Le 18 octobre dernier, 7 millions de citoyens américains ont défilé à travers tous les États-Unis pour s’ériger contre Donald Trump. Dans la Silicon Valley, où les grandes entreprises de la tech se sont majoritairement ralliées à l’administration républicaine, les protestations se font bien plus discrètes au quotidien, regrette Fred Turner, historien et chercheur en sciences de la communication. L’auteur, de passage en France à l’occasion de la publication de deux de ses ouvrages chez C&F Éditions (Design d’une démocratie et Politique des machines), tient ce mardi 4 novembre une conférence à Sciences Po Paris sur l’autoritarisme californien, ou comment le monde numérique a basculé de l’idéologie libertaire vers un autoritarisme assumé. L’occasion de publier cet entretien réalisé par La Tribune quelques semaines plus tôt lors d’une rencontre avec Fred Turner dans son bureau à Stanford.
LA TRIBUNE. L’utilisation du mot fascisme ou techno-fascisme pour décrire l’Amérique de Donald Trump fait réagir. Vous persistez à l’utiliser. Pourquoi ?
FRED TURNER. Le mot « fascisme » évoque vite Hitler ou Mussolini, mais c’est le bon terme. Le fascisme, c’est la prise de pouvoir d’États démocratiques par des dictateurs s’appuyant sur les médias, la mise en scène et un récit d’un passé glorieux à restaurer. Donald Trump fait la même chose, avec des caractéristiques américaines : ici, le racisme historique est tourné contre les Noirs et les personnes racisées. Il cherche à « blanchir » la vie publique.