Depuis l'Université de Stanford, où il enseigne la communication, Fred Turner est aux premières loges du séisme qui secoue la Silicon Valley. Le chercheur décrit la peur silencieuse des salariés de la tech, et l'obéissance anticipée de certains, suite à l'élection de Donald Trump et au ralliement de certains patrons du secteur à son gouvernement. Cet historien de la Silicon Valley, auteur de l'ouvrage de référence Aux sources de l'utopie numérique (C&F Éditions, 2011), explique comment la création de la Silicon Valley portait dès ses origines les germes d'idées fascistes.
Face à ce pouvoir autoritaire allié à la puissance de la tech, il appelle à la résistance et à la vigilance, tout en lançant un appel vibrant à la France, qui accueille le 10 et 11 février un Sommet international sur l'IA, pour qu'elle prenne la tête de la régulation des technologies et de la défense des valeurs démocratiques.
LA TRIBUNE - Comment interpréter le ralliement des dirigeants de la tech à Donald Trump ?
FRED TURNER - Les images d'Elon Musk, Mark Zuckerberg et Jeff Bezos debout derrière Donald Trump lors de son investiture, rappellent celles des industriels allemands des années 1930, lorsque les patrons d'IG Farben ou Krupp [leaders mondiaux de l'époque dans la chimie et l'acier, Ndlr], se rangeaient derrière Hitler. Je sais que les comparaisons avec Hitler sont délicates, mais le fait qu'elles soient faciles ne signifie pas qu'elles sont infondées.