La Commission européenne menace d’imposer des « mesures provisoires » à Meta, accusé d’abuser de sa position dominante en réservant WhatsApp à son propre assistant d’intelligence artificielle au détriment de la concurrence.
La Commission européenne hausse le ton face à Meta. L’exécutif communautaire a menacé lundi d’imposer rapidement des « mesures provisoires » au groupe américain si celui-ci n'ouvrait pas sa messagerie WhatsApp aux services d’intelligence artificielle développés par des concurrents. Un nouvel épisode dans la confrontation entre Bruxelles et les géants de la Tech, sur fond de régulation accrue du numérique.
Au terme d’une enquête ouverte fin 2025, la Commission estime que Meta a vraisemblablement abusé de sa position dominante en restreignant l’accès des IA tierces à WhatsApp, tout en favorisant son propre assistant, Meta AI. Le changement de cap résulte d’une modification des conditions d’utilisation annoncée en octobre et appliquée depuis le 15 janvier aux entreprises présentes sur la plateforme, très utilisée en Europe.
Le marché des chatbots
Concrètement, les sociétés actives sur WhatsApp ne peuvent plus intégrer, au sein de l’application, des services d’IA fournis par des acteurs indépendants. Jusqu’alors, ces solutions prenaient principalement la forme de « chatbots » chargés de répondre automatiquement aux requêtes des utilisateurs. Un marché en pleine expansion, alors que les assistants conversationnels s’imposent comme l’une des interfaces clés de la relation client.
Pour Bruxelles, cette fermeture du canal WhatsApp risque d’avoir des effets structurels sur un secteur encore émergent. « La Commission prévoit par conséquent d’imposer des mesures provisoires pour empêcher ce changement de provoquer des dommages graves et irréparables », explique l’exécutif européen. L’objectif affiché est d’éviter qu’un verrouillage durable ne fausse la concurrence au bénéfice de Meta AI.
La vice-présidente de la Commission chargée de la Concurrence, Teresa Ribera, a insisté sur l’enjeu stratégique. « L’intelligence artificielle apporte des innovations incroyables aux consommateurs, notamment le marché émergent des assistants d’IA. Nous devons protéger une concurrence efficace dans ce secteur dynamique », souligne-t-elle. Et d’ajouter : « Nous ne pouvons pas permettre aux entreprises technologiques dominantes d’exploiter illégalement leur position dominante pour s’octroyer un avantage industriel ».
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Des millions d'Européens
Meta rejette fermement ces accusations. « L’UE n’a aucune raison d’intervenir », estime un porte-parole du groupe. Selon la maison mère de WhatsApp, « Il y a plein d’options en matière d’IA et les gens peuvent y accéder via les magasins d’application, les systèmes d’exploitation, les appareils, les sites internet, et les partenariats ». Le groupe dénonce « la logique faussée de la Commission » qui ferait de WhatsApp « un canal de distribution majeur pour les robots conversationnels ».
En décembre, Meta avait justifié sa nouvelle politique par des contraintes techniques, expliquant que la prolifération des chatbots « met nos systèmes à rude épreuve, alors qu’ils n’ont pas été conçus pour supporter une telle charge ». Un argument qui n’a visiblement pas convaincu Bruxelles, attentive aux effets de réseau dont bénéficie une application utilisée par des millions d’Européens.
L'Italie en avance
L’affaire comporte également une dimension géopolitique. Ce nouveau bras de fer pourrait raviver les critiques de l’administration Trump, qui accuse régulièrement l’Union européenne de cibler de manière disproportionnée les champions technologiques américains à travers sa régulation du numérique.
Le dossier présente également une singularité italienne. L’enquête de la Commission ne couvre pas l’Italie, où l’Autorité garante de la concurrence (AGCM) a ouvert dès juillet sa propre procédure sur le déploiement de Meta AI dans WhatsApp. Rome a même ordonné en décembre la suspension des nouvelles conditions d’utilisation pour les entreprises sur son marché.