ENQUÊTE (1/2). Selon nos informations, l'État pourrait facturer sa suite d’outil professionnels, dont le logiciel de visioconférence « Visio », aux administrations qui devront l'adopter. Une information qui fait bondir les entreprises françaises du numérique, évincées de la commande publique au profit d'une solution bâtie sur une architecture controversée, d’après la filière nationale.Alors que la Direction interministérielle du Numérique (DINUM) acte la généralisation d’une suite professionnelle pour l’administration, dont le nouvel outil de visioconférence public baptisé « Visio », développé par l'administration et pour l'administration, les critiques fusent sur le manque de vision économique du projet. Les solutions logicielles comparable à Microsoft 356 ont un coût d'exploitation que les clients paient, celle du service public devrait également être tarifée pour les institutions qui la déploieraient, autour de 100 euros par an d'après les informations de La Tribune. Pour une source proche du dossier, cette somme constitue toutefois une économie, puisqu'elle serait inférieure à celle qu'une administration débourse pour recourir à l'un des outils américains, le pack de base pour un seul outil comme Visio oscillant entre 130 et 420 euros.
La méthode de paiement par le service public (envers le service public) n'est pas encore claire, pas plus que l'échéance à laquelle les administrations devront s'acquitter de cette somme, sachant que ces outils sont facilement accessibles aujourd'hui. L'annonce surprise de ce déploiement avait déjà provoqué la colère des entrepreneurs de la filière numérique en discussion avec la DINUM. La facturation représente une autre aberration pour des sociétés qui se voient ainsi privées d'une partie de la commande publique. L'argument d'une technologie développée en source ouverte pour des outils tels que Visio ne convainc pas davantage. Pour eux, « open source » ne rime pas forcément avec souveraineté.
Les risques d'un code en source ouverte pour Visio
Plutôt que de bricoler un outil en interne, la DINUM a préféré s'appuyer sur une brique technologique proposée par la start-up californienne LiveKit. Déployée depuis 2021, la nouvelle pépite américaine a mis en ligne publiquement une partie de son code. Si la méthode est courante et permet à de nombreux développeurs d'avoir une base solide pour leur logiciel, il faut rappeler que LiveKit est une société ambitieuse qui vient de lever 100 millions de dollars auprès de fonds américains. La Silicon Valley ne fait pas dans la philanthropie et attend un retour sur cet investissement. La société LiveKit pourrait ainsi chercher à verrouiller son marché, en intégrant des fonctionnalités d'intelligence artificielle payantes, comme a pu le faire OpenAI avec le code open source de ChatGPT auparavant.