Issue du laboratoire Kyutai et forte d'une levée de 60 millions d'euros menée par Eric Schmidt, Xavier Niel et Rodolphe Saadé, la start-up Gradium se lance dans la bataille de la voix synthétique pour bousculer les géants américainsLes blouses blanches ont cédé la place aux costumes. Les chercheurs de Kyutai, le laboratoire français d'intelligence artificielle, annoncent ce 2 décembre le lancement de Gradium, start-up spécialisée dans la génération de voix par IA. La jeune pousse s'appuie sur une levée de fonds de 60 millions d'euros menée par FirstMark Capital et Eurazeo, accompagnée par les trois investisseurs historiques de Kyutai, Eric Schmidt (ancien PDG de Google), Xavier Niel (Iliad, Free) et Rodolphe Saadé (CMA CGM et propriétaire de La Tribune).
Gradium entend s'attaquer aux pépites déjà bien installées comme ElevenLabs ou HeyGen, et peut capitaliser sur les travaux de l'équipe de Kyutai, composée d'anciens chercheurs de Google DeepMind et Meta (Facebook, WhatsApp, Instagram). Les fondateurs promettent un modèle audio à très faible latence, déployable à grande échelle en arrière-plan dans les systèmes. La start-up aurait déjà signé une dizaine de partenariats dans divers secteurs, de la santé aux jeux vidéo avec la promesse que ces avatars vocaux interagissent le plus naturellement possible avec les utilisateurs.
Des voix par IA plus accessibles que les modèles de langage
À noter que le secteur est également dominé par les géants de l'IA, qui accompagnent généralement leurs modèles de langage de programmes de clonage vocal. La génération de voix demeure toutefois un exercice à part, bien moins lourd que la recherche sur les chatbots. « Les modèles de langage s'appuient sur une architecture pouvant atteindre 200 milliards de paramètres. Les programmes vocaux les plus sophistiqués se contentent d'un volume plus modeste, autour d'un milliard », explique Neil Zeghidour, cofondateur et directeur général de Gradium. « Nous estimons disposer aujourd'hui de l'expertise suffisante pour défier les plus grands acteurs américains », ajoute l'ancien chercheur de Google DeepMind.
L'arrivée de Gradium ne sonne pas pour autant le glas de Kyutai. Le laboratoire à but non lucratif poursuivra ses recherches et apportera son expertise à son cousin entrepreneurial. « L'une des leçons que j'ai tirées de mes expériences, c'est qu'on ne peut développer l'IA sans recherche fondamentale. Les modèles open source de Kyutai ont déjà été téléchargés des dizaines de millions de fois et nous aussi ont permis de comprendre les attentes du marché », analyse Neil Zeghidour. Cette fois, la recherche française a pu se transformer en entreprise sans quitter l'Hexagone, échappant au traditionnel exil californien.