L’ancienne cadre de Google et figure rebelle de la Silicon Valley rappelle un fait essentiel : leur force ne réside pas dans la capacité de calcul, mais dans le volume d’or noir numérique – nos données accumulées depuis des années.
ENTRETIEN. La présidente de la fondation Signal, rencontrée à l’événement Slush à Helsinki, met en garde contre la relation toxique entre l’intelligence artificielle et la vie privée, rappelant que l’IA fonctionne en siphonnant nos données personnelles pour nous imiter.
Figure rebelle de la Silicon Valley, Meredith Whittaker, présidente de la Signal Foundation (qui développe la messagerie sécurisée Signal), fait le tour des grands Salons de la tech avec un message clair : votre vie privée n’a jamais été autant en danger.
Cette ancienne cadre de Google rappelle que l’accumulation des données par les grands groupes ne fait que renforcer leur position monopolistique dans cette nouvelle ère, où travailler sans intelligence artificielle serait devenu impossible, selon la Silicon Valley. Rencontrée à Slush, un important Salon des nouvelles technologies à Helsinki, elle prône la mise en avant d’un autre modèle économique, notamment en Europe, pour ne pas céder aux sirènes des géants de la tech américains.
LA TRIBUNE. Alors que les gouvernements et les services publics cherchent aujourd’hui des alternatives aux applications de messageries populaires, comment peut-on imaginer un développement de Signal à l’échelle d’une application telle que WhatsApp ?
MEREDITH WHITTAKER. Eh bien les investisseurs peuvent toujours nous donner de l’argent ! Nous gérons bien nos ressources et nos finances mais le passage à une échelle globale implique nécessairement d’autres contraintes.
« Notre modèle économique ne repose pas sur la récupération et la vente de données, le carburant que les grands acteurs utilisent pour assurer une croissance exponentielle et fournir leurs solutions prétendument gratuites. »
Par ailleurs, nous ne sommes pas une start-up valorisée à plusieurs milliards de dollars en l’espace de quelques années, alors que l’essentiel de notre système reposerait sur un simple bricolage autour de ChatGPT. Ces modèles de développement, qui ont été appuyés par Washington dans les années 1990, sont ce qui a permis de créer de telles machines. Et ce serait une erreur de vouloir copier le système des États-Unis en Europe.
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Nous pensons qu’il y a une place pour notre proposition, pour développer d’autres messageries, surtout dans une ère aussi tendue géopolitiquement que celle-ci, et repenser ces services pour des secteurs critiques tels que la défense, la santé et le service public.