Microsoft : « Nous ne craignons pas d’être en surcapacité avec nos data centers »

Alistair Speirs, le directeur général de l’infrastructure mondiale de Microsoft Azure.
Miles Willis - www.mileswillis.co.uk

Alistair Speirs, le directeur général de l’infrastructure mondiale de Microsoft Azure.
Miles Willis - www.mileswillis.co.uk
80 milliards de dollars, c’est la somme colossale que Microsoft a prévu d’investir rien que cette année dans des data centers pour soutenir le développement mondial de l’intelligence artificielle. Si la moitié de cette somme est fléchée vers les États-Unis, les projets ne manquent pas en Europe, avec l’augmentation de 40 % des capacités des centres de données déjà existantes prévue entre 2023 et 2027. Et de nouvelles infrastructures continuent aussi régulièrement à sortir de terre, comme à Newport, dans le pays de Galles, un site dont La Tribune a pu visiter le chantier. L’occasion de rencontrer Alistair Speirs, le directeur général de l’infrastructure mondiale d’Azure.
La Tribune. Vous dites devenir aujourd’hui une entreprise d’infrastructures. Ne l’étiez-vous pas déjà avec vos services de cloud ?
Alistair Speirs. Avec la croissance du cloud et de l’IA, nos centres de données deviennent surtout plus sophistiqués, ce qui nous conduit à concevoir spécifiquement nos infrastructures, plutôt que de simplement les louer à un fournisseur. Et nos équipes deviennent davantage pluridisciplinaires. Jusqu’ici, nous avions surtout des ingénieurs logiciels. Aujourd’hui, nous nous entourons d’ingénieurs en construction, d’ingénieurs civils, en énergie, etc. C’est de ce point de vue essentiellement que vient le changement.
Allez-vous acheter de plus en plus de terrains comme ce site en construction à Newport ?
Nous allons continuer à avoir un portfolio mixte avec différents modèles : location-vente, construction-exploitation, et même location-exploitation. Mais à partir d’une certaine échelle, nous avons davantage intérêt économiquement à détenir le terrain. Il y a une dépense en capital mais ensuite, nous contrôlons mieux l’infrastructure pour signer des contrats d’achat d’électricité ou bien encore renforcer les sols pour accueillir des serveurs plus lourds pour l’IA. Et rendre le tout le plus efficace possible, comme le système de refroidissement des serveurs.
Est-ce que vos centres de données se répartissent entre, d’un côté le cloud et les applications IA, et, de l’autre, l’entraînement des modèles ?
Il y a quelques années, on pouvait encore distinguer l’entraînement de l’inférence. Mais l’innovation IA, hors entraînement des modèles, explose. Comme la génération de données synthétiques, par exemple, où vous construisez une bibliothèque de données sur laquelle vous voulez vous entraîner. Ou l’optimisation post-entraînement. Il y a également la distillation d’IA, où vous utilisez un modèle plus grand pour entraîner un modèle plus petit. Et puis bien sûr, il y a l’inférence à l’échelle du cloud et jusqu’aux appareils mobiles et aux puces intégrées, même dans Windows.
Vous avez donc intérêt à ne pas spécialiser les data centers ?
Oui. Le rythme d’innovation est tellement rapide que nous cherchons à construire une infrastructure capable de servir des charges de travail différentes et pouvant être réaffectées à d’autres tâches. Après, il est vrai que ce sera toujours intéressant d’avoir de grands clusters de puissance de supercalcul pour entraîner les modèles où vous avez des centaines de milliers de puces d’accélération d’IA toutes connectées ensemble et travaillant sur une seule application. Mais de plus en plus, ces puces ne seront pas si différentes de ce qui est utilisé pour l’inférence. Et si vous pensez que l’inférence est moins utilisée la nuit, il devient possible d’exploiter la capacité inutilisée à ces moments-là pour construire des clusters d’entraînement virtuels. C’est passionnant.
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Y a-t-il un risque de surcapacité et de bulle pour tous ces centres de données en construction ?
La tendance macro est une adoption croissante du cloud et de l’IA. Nos clients professionnels font des achats stratégiques à long terme, avec une vision sur trois ou cinq ans. Donc pour le moment, nous ne craignons d’être en surcapacité avec nos data centers, nous sommes plutôt dans une course pour arriver à répondre à la demande. Ce qui implique de lancer ces projets dès maintenant. Car vous ne pouvez pas construire un centre de données et sécuriser son approvisionnement en énergie du jour au lendemain. Cela met des années à se faire. Mais nous surveillons de très près cet équilibre entre offre et demande. C’est plus à une micro-échelle qu’il y a de l’incertitude : savoir quels types de puces on aura besoin demain, quel type de stockage, etc.
Quels sont les pays où vous vous développez prioritairement ?
Nous avons des centres de données dans tous les principaux marchés du monde. La prochaine étape, c’est d’ajouter de nouvelles capacités, soit en étendant les centres de données existants, soit en en construisant de nouveaux. Mais l’approvisionnement énergétique est en train de devenir notre critère principal pour savoir où le faire. Où pouvons-nous passer des contrats d’achat d’électricité qui nous permettent de sécuriser les prochaines décennies ? Sans énergie, pas de centre de données.
L’un des facteurs de croissance des centres de données est la demande pour un cloud souverain. Vous avez justement un partenariat avec la coentreprise Bleu d’Orange et Capgemini. Mais est-ce que ce service est réellement séparé du réseau de Microsoft ?
Il fallait que Bleu satisfasse aux critères français de la qualification SecNumCloud. Donc ce sont deux acteurs français qui construisent et exploitent des centres de données en France. Et ce que fait Microsoft, c’est concéder notre technologie sous licence pour qu’ils exploitent les services Azure et Microsoft 365 à partir de leurs propres infrastructures. Nous fournissons des milliers de mises à jour quotidiennement. Mais c’est l’équipe de Bleu qui les inspecte et qui choisit de les prendre en compte si elle en a besoin. Microsoft et son personnel n’ont absolument aucun accès à l’infrastructure de Bleu.