ENTRETIEN EXCLUSIF — La secrétaire d’État à IA et au Numérique, Clara Chappaz, précise son périmètre d'action au gouvernement, notamment sur la cybersécurité, et détaille les ambitions de la France au Sommet mondial pour l’action sur l’IA, qui se tiendra début 2025 et qui a vocation à être aussi rassembleur que les Jeux Olympiques. L'ancienne directrice de la Mission French Tech insiste également sur la nécessité d'empêcher la concentration de l'IA entre les mains des États-Unis et de la Chine, ainsi que sur le rôle du secteur privé pour soutenir les pépites françaises comme Mistral en ces...... mps budgétaires difficiles.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Vous êtes la toute première secrétaire d'État à l'intelligence artificielle en France. Quel message le gouvernement souhaite-t-il envoyer ?
CLARA CHAPPAZ — C'est un signal très fort car l'intelligence artificielle est une rupture technologique qui emporte d'énormes enjeux économiques, politiques et sociétaux. Maîtriser l'IA est crucial pour la souveraineté, la compétitivité et l'attractivité de la France, et c'est un vecteur de progrès pour toutes et tous. Dans ce contexte, mettre en avant l'IA dans l'intitulé d'un portefeuille ministériel envoie le message que les enjeux sont compris pour faire de la France une grande puissance du secteur.
Est-il réaliste de vouloir concurrencer les États-Unis et la Chine ?
Nous sommes challengers. Le rapport Draghi publié à l'automne dresse un diagnostic clair sur nos atouts et notre avance sur beaucoup de sujets, à commencer par les talents. Mais il dit aussi qu'il faut libérer le potentiel de l'innovation si on ne veut pas décrocher.
Cette préoccupation est notre moteur depuis le lancement de la stratégie nationale sur l'IA en 2018, qui mobilise 2,5 milliards d'euros jusqu'en 2025. Cette stratégie a structuré l'écosystème de l'IA avec des actions sur toute la chaîne de valeur, des infrastructures aux grands modèles de langage, en passant par la recherche.
Aujourd'hui, nous avons des acteurs souverains dans le cloud comme Scaleway et OVHCloud, des infrastructures de calcul avec le supercalculateur Jean Zay, des grands modèles d'IA qui rivalisent avec ceux des big tech avec Mistral AI ou H Company, énormément de start-up IA dans tous les domaines stratégiques comme Aqemia dans la santé, Preligens dans la défense... Et bien sûr une excellence mondialement reconnue dans la recherche. Maintenant il faut amplifier.