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Nvidia : Trump autorise l’exportation de puces H200 vers la Chine contre 25 % des revenus

latribune.fr

Publié le 09 décembre 2025 à 08:07

Au parc industriel informatique de Yinchuan, un cluster de centres de données, à Yinchuan, dans la région autonome de Ningxia Hui, en Chine.

Au parc industriel informatique de Yinchuan, un cluster de centres de données, à Yinchuan, dans la région autonome de Ningxia Hui, en Chine.

/FW1HFS/Murali Anantharaman - VIA REUTERS - Stringer

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Le président américain Donald Trump a levé une partie des restrictions sur l’exportation de puces avancées de Nvidia vers la Chine. L’accord conditionne l’accès au gigantesque marché chinois à un prélèvement de 25 % du chiffre d’affaires par l’État américain

Il y a un peu plus d’un an, l’exécutif américain, alors mené par Joe Biden, traçait une ligne rouge de la taille d’un circuit intégré : empêcher la Chine de mettre la main sur les puces d’intelligence artificielle les plus puissantes. L’objectif était clair, aussi stratégique qu’idéologique : freiner l’essor militaire et économique de Pékin en contrôlant le nerf de la guerre moderne, le Graphics Processing Unit (GPU). Mais en ce début décembre, cette ligne a singulièrement pâli, fissurée par un accord commercial d’une nature inédite, orchestré directement entre deux chefs d’État.

L’annonce est venue, comme souvent, du réseau social de Donald Trump : Nvidia, le géant dont les puces ultra-performantes sont l’or noir de l’IA mondiale, est autorisé à exporter ses processeurs H200 vers la Chine. La condition ? L’État américain prélèvera 25 % du chiffre d’affaires généré par ces ventes.

Le prix de l’accès au marché

Ce n’est pas la première fois que l’administration américaine utilise l’arme commerciale dans ce bras de fer technologique. Il y a eu l’épisode du H20, une puce dégradée conçue par Nvidia justement pour contourner les interdictions de l’ère Biden, et qui s’est révélée être un échec commercial. En avril dernier, après un premier accord avec l’administration Trump, le droit d’exportation de cette puce avait déjà été monnayé à 15 %. Mais cette fois, on change de calibre : le H200, bien que non plus l’élite de la gamme (la nouvelle série Blackwell prend la relève), est une brique essentielle pour les centres de données et les laboratoires d’IA chinois.

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L’opposition démocrate n’a pas tardé à monter au créneau, fustigeant un « immense échec en matière économique et de sécurité nationale ». Le fond de leur crainte : l’accès à ces GPU — véritables chevaux de course du calcul intensif — permettra aux entreprises et aux militaires chinois d’accélérer leurs recherches en matière de cyberattaques, d’armement sophistiqué et, plus largement, d’innovation technologique. Le fait est que le GPU H200 représente un gain de puissance et de rapidité non négligeable par rapport aux modèles précédents que l’on tentait de cantonner.

Le pari risqué de Trump

Alors, pourquoi ce revirement, qui semble contredire la volonté initiale de « couper les ailes » technologiques de Pékin ? D’abord, Donald Trump joue la carte du pragmatisme économique, dénonçant la politique de son prédécesseur, qui aurait « ralenti l’innovation et pénalisé les travailleurs américains » en forçant les entreprises à fabriquer des produits « dégradés dont personne ne voulait. »

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La vérité est probablement plus nuancée : le marché chinois est un gâteau dont même un géant comme Nvidia ne peut se priver. Avec seulement 50 millions de dollars de chiffre d’affaires en Chine au troisième trimestre, le groupe se trouvait marginalisé, pénalisé non seulement par Washington, mais aussi par une injonction de Pékin aux industriels chinois de privilégier les puces locales. En autorisant cette exportation sous condition d’un prélèvement massif, Donald Trump tente une manœuvre stratégique : satisfaire les géants de la tech américaine tout en s’assurant que l’État, et non l’entreprise seule, bénéficie d’une part significative de la manne chinoise. On assiste là à une forme de taxation indirecte sur la puissance technologique, un phénomène inédit.

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Ce deal envoie également un signal aux concurrents comme AMD et Intel, qui se voient offrir la même occasion d’accéder, moyennant finance, au marché chinois. En imposant la technologie américaine comme le standard mondial de facto, même sous licence d’État, Washington tente d’endiguer le développement des alternatives locales, notamment le très performant Ascend de Huawei, que les autorités chinoises poussent activement.

Microcircuit

En Chine, des start-up d’IA comme DeepSeek, dont le robot conversationnel a surpris par ses performances, dépendent de cette capacité de calcul pour rivaliser avec les leaders de la Silicon Valley. La possibilité d’accéder au H200, même à un coût majoré par cette nouvelle dîme américaine, pourrait relancer l’innovation en permettant de mener des expériences plus complexes et d’entraîner des modèles plus performants.

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Ce deal souligne la tension permanente entre la course à l’innovation — qui exige un marché ouvert pour financer la R&D — et la souveraineté nationale. Si l’accord procure un bol d’air à Nvidia et donne un coup de pouce aux recettes fédérales, il soulève une question fondamentale : jusqu’où peut-on monnayer une technologie considérée comme un actif de sécurité nationale sans mettre en danger l’avantage stratégique de son propre pays ? L’avenir dira si ce prélèvement de 25 % est le prix juste à payer pour l’accès au marché chinois, ou si le Pentagone voit d’ici à quelques mois le revers de cette médaille, en forme d’avancée technologique chez l’adversaire.

🗓️ Chronologie : La guerre des puces

Août 2022 : Signature du « Chips Act » par Joe Biden. 52 milliards de dollars sont investis pour stimuler la production américaine de semi-conducteurs.

Octobre 2022 : Imposition des premières restrictions à l’exportation de puces avancées vers la Chine. Washington invoque la sécurité nationale. Pékin dénonce une action « malveillante ».

Décembre 2022 : 36 entreprises chinoises sont ajoutées à la liste noire américaine. L’accès aux technologies américaines est sévèrement limité pour des firmes jugées liées à la défense chinoise.

Octobre 2023 : Renforcement des contrôles à l’exportation, suite au lancement de ChatGPT et à l’émergence des puces Huawei. Les restrictions sont étendues au-delà du modèle H100 de Nvidia, visant un plus grand nombre de semi-conducteurs.

Décembre 2024-janvier 2025 : Dernières mesures de Biden sur les exportations et réexportations de puces avancées. Imposition d’autorisations obligatoires pour limiter le contournement des règles par des pays tiers.

Janvier 2025 : Le robot conversationnel chinois DeepSeek grimpe en tête des téléchargements. La performance de l’IA chinoise génère de l’inquiétude à Washington.

Avril 2025 : Blocage des puces H20 de Nvidia (conçues spécifiquement pour la Chine). Washington exige une licence d’exportation, évoquant l’usage potentiel de ces puces dans des superordinateurs.

Mai 2025 : L’administration Trump assouplit des restrictions imposées par son prédécesseur. Une réponse aux critiques des pays alliés. En parallèle, la puce Ascend de Huawei est ciblée par le département du Commerce américain.

Juillet 2025 :
Reprise des ventes de H20 de Nvidia vers la Chine. La presse indique que Pékin aurait rapidement interdit aux entreprises nationales de les acheter, les incitant à favoriser les productions locales.

Décembre 2025 : Accord Trump-Xi autorisant la livraison des puces H200 de Nvidia. Les puces les plus avancées (Blackwell, Rubin) restent interdites ; un compromis est trouvé pour des « clients agréés » en Chine.

latribune.fr

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