Malgré les efforts déployés à Washington pour resserrer sans cesse l’étau autour des entreprises chinoises, celles-ci déploient des trésors d’ingéniosité pour mettre la main sur le meilleur de la technologie américaine. Dernière trouvaille : passer par des sociétés tierces situées en Indonésie.Sur les puces d’IA, la souris chinoise continue de trouver des moyens d’échapper au chat américain. Une nouvelle enquête montre ainsi comment une société chinoise de l’IA, nommée INF Tech, est parvenue à se procurer des processeurs graphiques Nvidia Blackwell, soit la crème de la crème, en passant par un complexe réseau de fournisseurs.
Aivres, une jeune pousse de la Silicon Valley détenue à un tiers par le chinois Inspur (qui est sous sanction, contrairement à sa filiale) a acquis les puces auprès de Nvidia pour équiper ses serveurs d’IA. Aivres a ensuite vendu les puces montées sur supports, prêtes à être installées dans des centres de données, à la société indonésienne des télécoms Indosat Ooredoo Hutchison. Le spécialiste chinois de l’IA INF Tech a ensuite loué la capacité de calcul auprès de la société indonésienne pour entraîner ses algorithmes d’IA, avec des applications dans la finance et la recherche de médicaments.
Des manœuvres pratiquement impossibles à empêcher
Pour Antoine Chkaiban, consultant chez New Street Research, un cabinet d’intelligence de marchés, passer ainsi par le cloud est le plus sûr moyen, pour les entreprises chinoises de l’IA, de parvenir à contourner les sanctions. « Il me paraît en pratique impossible d’empêcher de manière systématique les entreprises chinoises de louer des processeurs graphiques dans des centres de données situés en dehors de Chine. Pour les spécialistes chinois de l’IA qui veulent mettre la main sur des processeurs Blackwell, il est à mon avis plus simple de procéder ainsi que de tenter de leur faire passer la frontière. »
Il y a en effet deux principales raisons pour lesquelles la Chine a intérêt à mettre la main sur le meilleur des puces Nvidia. La première consiste à faire de la rétro-ingénierie, pour essayer de débloquer à son tour la technologie lui permettant de produire à domicile des processeurs graphiques aussi puissants. Pour cela, la Chine n’a besoin que d’une petite quantité de puces Nvidia, qu’elle peut se procurer par exemple en passant par des sociétés-écrans qui achètent les puces depuis un pays frontalier et les font ensuite transiter en Chine. Une méthode risquée, mais gérable sur de (relativement) petits volumes.