Le fonds spéculatif du milliardaire et entrepreneur de la tech Peter Thiel a vendu toutes ses participations dans Nvidia au cours du troisième trimestre.
De plus en plus d’investisseurs se montrent prudents craignant la perspective d’une bulle de l’intelligence artificielle. Certains retirent même leur participation du géant Nvidia, dont les résultats seront publiés ce mercredi soir.
Les marchés retiennent leur souffle à quelques heurs des résultats de Nvidia. La bonne santé du mastodonte des puces est un indicateur de l’engouement de la demande dans le secteur de l’intelligence artificielle. Les analystes s’attendent à des résultats ce mercredi une nouvelle fois hors normes : « Environ 54 milliards de dollars de chiffre d'affaires, soit une croissance de 50–60 % sur un an », commente Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote.
Mais est-ce que les bons résultats de l’entreprise la plus valorisée au monde seront suffisants pour continuer à alimenter l’appétit des investisseurs ? Ces derniers temps, les inquiétudes se multiplient autour de la formation d’une bulle de l’IA. « On sent un phénomène moins positif sur la tech, certains font le rapprochement avec la bulle internet », commente Eric Lewin, stratégiste actions chezBourse Direct pour La Tribune. Dans ce contexte, les Bourses évoluaient d'ailleurs mardi dans le rouge.
Craintes de la bulle
Parmi les derniers signes d'alerte, le fonds spéculatif du milliardaire et entrepreneur de la Tech Peter Thiel a vendu toutes ses participations dans Nvidia au cours du troisième trimestre, par crainte d’une bulle spéculative, a-t-on appris lundi. Il n’est pas le seul.
De nombreux fonds spéculatifs ont réduit leur participation au troisième trimestre dans les géants de la tech. Le fonds BridgeWater a, lui, réduit son exposition dans Nvidia de près des deux tiers. Autre gourou de la finance qui alerte sur le risque de bulle : Michael Burry. L’investisseur, devenu célèbre pour avoir anticipé la crise des Subprimes en 2008 et inspiré le film « The Big Short », pariait à la baisse contre Nvidia. Il a décidé de fermer la semaine dernière son fonds Scion Capital. « 161 fonds sur 900 au cours du dernier mois ont réduit leur participation dans Nvidia », pointe Eric Lewin, en rappelant toutefois que « 160 autres fonds ont fait l'inverse : ils l'ont augmenté ».
Outre les investisseurs, les institutions financières mettent, elles aussi, en garde contre une éventuelle bulle. Lundi, c’est un haut responsable de la Banque centrale européenne, Luis de Guindos, qui a pointé les « risques liés à d’éventuels chocs » à cause des « modèles économiques fondés sur l’IA ». Et certains patrons des big tech, eux-mêmes, ne cachent pas cette possibilité. « Toutes les entreprises seraient touchées si la bulle de l'IA venait à éclater », a déclaré mardi Sundar Pichai, le patron d'Alphabet, la maison mère de Google, lors d’une interview à la BBC.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Parmi les signaux qui font craindre le scénario d’une bulle : la survalorisation des entreprises liées à l’IA. Apple, Nvidia, Microsoft, Alphabet et Amazon représentent presque 30 % de la capitalisation totale du S&P 500. À elle seule, Nvidia a dépassé cet été les 4 000 milliards de dollars de capitalisation. Une première. « Il pourrait y avoir une remise à niveau du monde de la tech quand on observe certaines valorisations, Nvidia a augmenté la sienne de plus de 1000 % en trois ans », estime Eric Lewin.
Un autre sujet d’inquiétude concerne la concentration des acteurs du secteur, avec une multiplicité des accords passés notamment avec Nvidia. Le géant investi des milliards chez ses clients comme OpenAI ou encore Nscale. Certains parlent même de « consanguinité ». En septembre, Open AI, la start-up qui a conçu ChatGPT, a conclu un accord de 100 milliards de dollars avec Nvidia.
Mais une part importante d’experts ne voient pas dans cette surenchère d’investissements et de fortes valorisations une bulle spéculative. « La dynamique actuelle repose sur des fondamentaux solides plutôt que sur un excès spéculatif », pointe une note de la banque J.P. Morgan sur les perspectives 2026.
« Dans un contexte de meilleure rentabilité des entreprises et d’abondantes liquidités dans le système financier, les valorisations actuelles des marchés actions sont, sans doute, difficilement comparables à celles de la bulle internet », estime dans une autre note Enguerrand Artaz, Stratégiste chez La Financière de l’Échiquier (LFDE). « Je pense qu'on peut avoir une correction mais pas une bulle, les entreprises de la tech sont presque toutes rentables et elles ont les moyens de dépenser des milliards, la demande reste forte », argue Eric Lewin.
Dans tous les cas, les résultats de Nvidia de ce mercredi mettront la puce à l’oreille des investisseurs. « Ce chiffre d'affaires sera un test crucial pour évaluer si l'engouement autour de l'IA repose encore sur des fondamentaux solides », commente John Plassard, responsable de la stratégie d'investissement chez Cité Gestion Private Bank. Pour Eric Lewin, « Si le chiffre d'affaires dépasse les attentes, les marchés remonteront et ils oublieront la bulle, dans le cas contraire, ce sera davantage catastrophique ».