ENQUÊTE. Les agents IA, ces systèmes capables d’exécuter des tâches de façon autonome et de se diriger seuls, promettent d’énormes gains d’automatisation. Mais alors que les entreprises envisagent leur déploiement à grande échelle, la question de leur fiabilité et l’explosion de leur coût refroidissent les ardeurs.Les informations à retenir
Agents IA en entreprise : une intégration pas si simple
Des coûts imprévisibles et parfois exorbitants. Les agents IA fonctionnent par cascades de requêtes successives, générant une explosion difficilement maîtrisable du nombre de tokens (unités facturées). Les factures peuvent passer de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Un effet domino sur le cloud. Certaines entreprises voient leur facture cloud doubler et leurs infrastructures fragilisées, avec des risques de crash liés à des volumes massifs de requêtes automatisées.
Des garde-fous indispensables. Pour limiter les dérives, les entreprises misent sur le monitoring, une architecture fragmentée en plusieurs petits agents plutôt qu’un seul système central, et un déploiement sélectif des cas d’usage.
3 600 dollars. C’est la coquette somme qu’a dû débourser le blogueur Federico Viticci pour faire fonctionner son agent IA pendant un mois. Soit plus que le salaire d’un jeune assistant. Le créateur du site MacStories a testé OpenClaw, ce nouvel outil en vue permettant de créer des agents capables d’effectuer toutes sortes de tâches : trier des mails, réserver un vol, gérer un agenda. On pourrait en déduire que Federico a mal géré son affaire, ou qu’il a poussé l’utilisation trop loin. Son cas reste extrême.
Mais il est symptomatique d’un phénomène plus large : l’imprévisibilité du coût des agents IA. Ce qui n’était qu’une suspicion lorsque les éditeurs ont présenté leurs premiers systèmes agentiques devient plus concret avec leur démocratisation. Sur Reddit, les développeurs indépendants friands d’outils d’IA se plaignent de pics de calcul imprévisibles lorsqu’ils laissent leurs agents en autonomie partielle. Certains atteignent leur limite journalière dès le matin.
Effet domino : une cascade de commandes que l’on ne maîtrise plus
Le sujet dépasse largement les expérimentations individuelles. « De plus en plus de grands groupes se rendent compte qu’ils explosent le nombre de tokens lorsqu’ils déploient plus largement des agents IA », explique Jean-Baptiste Bouzigues, fondateur d’Ekimetrics, qui aide les organisations à intégrer l’IA en maîtrisant le coût financier et énergétique. Les tokens sont l’unité qui permet de calculer le coût d’une requête à un modèle d’IA. Il existe un prix des tokens dits d’input – l’instruction que l’on donne au modèle –, relativement maîtrisable. Puis un prix des tokens d’output – la réponse générée –, généralement deux à quatre fois plus élevé… et moins prévisible.