Malgré Brevo, la France patine dans sa course aux 100 licornes

Pour le président Emmanuel Macron, les licornes sont « importantes pour la France » (photo d'archive).
REUTERS - Sarah Meyssonnier

Pour le président Emmanuel Macron, les licornes sont « importantes pour la France » (photo d'archive).
REUTERS - Sarah Meyssonnier
Et une de plus. Brevo, spécialisée dans l'automatisation des communications entre les TPE/PME et leurs clients, a rejoint ce jeudi le club – encore très fermé – des licornes françaises. Autrement dit, des start-up non cotées et valorisées au moins 1 milliard de dollars.
La jeune pousse créée en 2012, qui vend un outil d'automatisation des communications des entreprises, a pour cela bouclé une levée de fonds fin novembre, a-t-elle indiqué par voie de communiqué ce jeudi. À l’occasion de ce tour de table, le fonds américain General Atlantic et son homologue britannique Oakley Capital ont chacun pris part à son capital à hauteur de 25 %, pour un total de 500 millions d'euros.
Au-delà de cette levée poids lourd, dans les faits rares sont les start-up à pouvoir se targuer d’être des licornes en France. La liste compte à ce jour une trentaine de structures sur quelques 18 000 startups actives dans l’Hexagone en 2025, selon les chiffres de la French Tech.
Parmi cette short list se trouvent des noms bien connus du grand public. À l’instar de Doctolib, la plateforme de prise de rendez-vous médicaux, Lydia, l’application de paiement entre particuliers, Back Market, le champion français des produits technologiques reconditionnés ou encore Mistral AI, l’entreprise d’intelligence artificielle derrière le chatbot « Le Chat ».
L’objectif fixé par Emmanuel Macron est d’aller plus loin en franchissant le seuil symbolique de 100 licornes en 2030. Pour le président, ces entreprises sont importants pour le pays car « elles changent la vie des Français, créent des centaines de milliers d'emplois partout en France, servent à financer notre souveraineté technologique », avançait-il dans une vidéo publiée par l’Élysée en janvier 2022.
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À cette époque, la France venait d’enregistrer sa vingt-cinquième licorne, avec trois ans d’avance sur le calendrier. L’ambition d’Emmanuel Macron semblait alors même manquer de panache tant le contexte post-Covid19, sous l’effet de la numérisation rapide de tous les secteurs de l’économie, était propice au développement des licornes, rappelle une analyse de BNP Paribas. Mais force est de constater que le rythme de neuf nouvelles licornes par an, pour arriver à la centième à la fin de la décennie, n’a pas été tenu depuis.
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Si l’Hexagone est en retard sur ses objectifs, elle l’est aussi par rapport aux autres pays. Les comparaisons se révèlent toutefois difficiles, faute de listes officielles des licornes dans le monde. Et, en l’absence de levée de fonds récentes, leur valorisation connue reste celle de la dernière en date, et les réalités d’hier ne sont parfois pas les mêmes qu’aujourd’hui.
La France s’affichait en tout cas derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni, d’après le rapport 2023 de Tipalti. Elle comptait alors 27 licornes d’après le recensement réalisé par cette plateforme d'automatisation financière, contre 36 pour son voisin outre-Rhin et 57 pour celui outre-Manche. Le secteur était dominé, sans grande surprise, par les États-Unis qui en comptait plus de 270. Suivait ensuite la Chine (autour de 250) et l’Inde (85).
Si les chiffres ont forcément bougé en deux ans, la dynamique reste la même aujourd’hui. Si bien que 30 % des licornes fondées en Europe partent vers les États-Unis, attirées par le plus large marché américain et des financements plus abondants, d’après le célèbre rapport de Mario Draghi, l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), remis à la Commission européenne en septembre 2024. D’où sa recommandation, parmi les 170 propositions de cette feuille de route destinée à construire « le futur de la compétitivité européenne », d’améliorer l’accès aux financements en Europe, pour faire naître de nouvelles licornes et, surtout, les garder.