« Une France 100 % Fibre en 2025 », cette promesse des gouvernements Macron qui n’a pas été tenue

Des bobines de fibre optique prêtes à être déployées.
nfgesse

Des bobines de fibre optique prêtes à être déployées.
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Plobsheim est une petite commune d’Alsace éligible à la fibre optique, d’après la carte de l’Autorité de régulation des télécoms (Arcep). Au 354 rue Fin de Banlieue, il est indiqué « raccordable sur demande ». Pourtant, Orange n’a jamais tiré de ligne jusqu’à cette adresse, là où siège la communauté chrétienne du Puits de Jacob. S’étant vu signifier l’arrêt du cuivre au 31 janvier 2027 et pâtissant d’une couverture mobile 4G limitée, ses membres ont fini par s’abonner en désespoir de cause à Starlink, le service d’accès à Internet par satellite d’Elon Musk.
« L’autre jour, tout a été coupé parce que l’antenne a été foudroyée lors d’un orage. Mais c’est mieux que rien », philosophe Myriam Stampers, la responsable administrative et technique du lieu qui accueille 3 000 personnes par an. « Avant, on tournait avec un débit ADSL de 300 Ko/s », confirme son prédécesseur Philippe Murfitt. Comment expliquer cette situation de blocage en pleine ceinture urbaine de Strasbourg ? Le résultat d’un long imbroglio administratif où la mairie a imposé qu’une partie du déploiement passant sur le domaine public se fasse en souterrain plutôt qu’en aérien, Orange finissant par décliner en raison des coûts.
Un cas anecdotique ? Peut-être. Mais il vient rappeler que les statistiques masquent des inégalités territoriales. « Le chantier du siècle », qui a consisté durant douze ans à déployer de la fibre optique à marche forcée sur tout le territoire n’est pas encore achevé. Pourtant, les gouvernements du président Macron avaient bien promis « la généralisation de la fibre optique » pour la fin de l’année 2025.
À l’origine le Plan France Très Haut Débit, lancé sous la présidence de François Hollande en 2013, prévoyait de rendre 80% des locaux éligibles à la fibre optique et 20% au Très Haut Débit grâce à un mix technologique faisant appel au VDSL, au câble coaxial modernisé, à la 4G, au satellite ou au THD Radio. Sous l’inflexion de la pandémie de Covid et de l’explosion du télétravail, ces objectifs ont été revus à la hausse à partir de 2020 par le secrétaire d’Etat chargé du numérique Cédric O. C’est lui qui a fixé comme but ultime la généralisation de la fibre optique d’ici à la fin 2025.
Celles et ceux qui lui ont succédé ont renouvelé cet engagement. 240 millions d’euros supplémentaires ont été mobilisés à cet effet via le plan France relance. La secrétaire d’État Marina Ferrari est allée encore plus loin en déclarant imprudemment, en mars 2024, que « 100% des Français qui demanderont la fibre pourront y avoir accès », dans une interview au Dauphiné libéré.
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Qu’en est-il alors que nous arrivons à cette échéance ? Fin septembre 2025, le déploiement de la fibre optique a atteint un taux de couverture de 93,5 %, d’après les derniers chiffres de l’Arcep. « Sur les 45 millions de locaux recensés au niveau national, plus de 42 millions sont raccordables à la fibre optique », précise l’Autorité, ce qui laisse donc encore 3 millions de locaux en attente. Un jalon va cependant être passé d’ici la fin de l’année. « Nous devrions atteindre les 95 % de locaux raccordables au 31 décembre », nous confirme avec satisfaction le ministère de l’Intelligence artificielle et du numérique.
Le chiffre a beau se rapprocher de 100 %, le compte n’y est pas pour l’Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l’audiovisuel. « La généralisation, cela signifie atteindre les 100 %. Or, il reste encore 5 % de locaux à raccorder : ce n’est pas ce que l’on appelle l’épaisseur du trait », regrette Ariel Turpin, délégué général de l’Avicca. « La généralisation, cela ne veut pas dire 100 % », objecte le ministère. « Mais tous les bâtiments raccordés à l’ADSL finiront par être raccordés à la fibre optique », promet-il.
De façon surprenante, ce sont les zones rurales qui affichent les résultats les plus satisfaisants au niveau national, là où des réseaux d’initiative publique (RIP) ont déployé la fibre optique. 99 % des locaux devraient y être raccordables l’année prochaine. Il reste des efforts à faire, en revanche, dans les zones très denses et les zones AMII (Appel à manifestation d’intention d’investissement), moyennement denses. Ces territoires ont été laissés aux mains des investisseurs privés parce que plus rentables pour les opérateurs télécoms, ce qui aurait dû les motiver à tout fibrer.
Aujourd’hui, le plus gros est achevé. Mais il reste des cas complexes et donc plus coûteux : des bâtiments classés, des copropriétés peu coopérantes ou des voiries difficilement accessibles. Et comme il n’y a aucune obligation de déploiement dans ces zones urbaines, la situation s’enlise. Avec ce paradoxe : la Creuse, deuxième département le moins peuplé de France, avec de nombreuses habitations individuelles isolées, est aujourd’hui mieux équipée en fibre optique que Paris, atteignant le chiffre impressionnant de 99 % de locaux raccordables.
« C’est un scandale que 4 % des locaux ne soient toujours pas raccordés à Paris », s’offusque Ariel Turpin. « Et qu’on ne vienne pas nous parler du cas éculé des chalets isolés en montagne impossibles à raccorder. Je ne pense pas qu’il y en ait beaucoup en région parisienne », cingle le délégué général. D'où la crainte en filigrane que le réseau en fibre optique ne parvienne jamais à égaler la couverture nationale du réseau cuivre qui a déjà commencé à être démantelé. La bonne nouvelle, c’est le dispositif expérimental dédié aux raccordements complexes lancé ce mois de septembre, qui permet de soutenir financièrement les particuliers et entreprises qui doivent réaliser des travaux sur une propriété privée. Mais pas les difficultés qui surviennent sur un tracé passant par le domaine public comme à Plobsheim.
Faut-il se contenter de voir le verre à moitié plein, ou plutôt à 95 % ? La tentation est forte parce que le Plan France Très Haut Débit est une incontestable réussite et que notre situation est plutôt à notre avantage quand on la compare avec les pays voisins. « La France est le pays d’Europe avec le plus de lignes déployées », fait encore observer le ministère. Le dernier rapport du Ftth Council Europe confirme effectivement ces bonnes performances.
Et encore, les chiffres datent un peu et mettent sur le même niveau le FttH, la technologie exigeante choisie par la France pour avoir de la fibre optique jusqu’à l’abonné, et le FttB, privilégié par beaucoup de pays européens parce qu’il coûte moins cher en s’arrêtant au pied de l’immeuble.
Au-delà de ce déploiement, une autre course contre la montre s’engage : celle de la migration des services. Car si la fibre arrive dans les murs, elle ne remplace pas toujours les usages ancrés depuis des décennies. Des lignes de cuivre continuent d’être utilisées par des entreprises et des collectivités territoriales pourtant fibrées. « Il en reste environ 10 millions en service aujourd’hui. Pour moitié dans le privé et l’autre moitié dans le public », nous indique Nicolas Aubé, fondateur et président de l’opérateur BtoB Celeste.
Certaines ont parfois été oubliées quand elles permettent d’envoyer des fax, par exemple. D’autres ont toujours leur utilité : lignes téléphoniques, ADSL, vidéosurveillance, téléalarmes dans les ascenseurs, etc. Beaucoup d’abonnés, dans l’industrie ou les services publics, n’ont pas encore compris qu’elles allaient être coupées avec l’arrêt du cuivre. Des usines, des déchetteries, des gymnases, des crèches ou des piscines municipales disposent, par exemple, d’un standard qui fonctionne encore avec une ligne en cuivre.
La preuve, avec des appels d’offres que nous avons pu consulter qui continuent de requérir des technologies obsolètes. Comme ce centre communal d’action sociale de la région parisienne qui a mis sur le marché son service de téléassistance en demandant des lignes téléphoniques RTC (Réseau téléphonique commuté en voie d’extinction partout sur le territoire) et GPRS (2G) .. en 2025. « D’après nos calculs, cela devrait coûter 15 milliards d’euros aux collectivités et aux entreprises de remplacer toutes ces lignes. C’est beaucoup », insiste Nicolas Aubé. Et de plaider pour davantage de communication à ce sujet à l’échelle nationale.