Traînées de condensation : Thales et Amelia annoncent réduire l’impact climatique des vols de 65 %

Les traînées de condensation des avions ne sont pas sans impact sur le climat. Thales et Amelia se sont attelés à les réduire.
Gaj Rudolf

Les traînées de condensation des avions ne sont pas sans impact sur le climat. Thales et Amelia se sont attelés à les réduire.
Gaj Rudolf
Elles doublent presque l’impact du transport aérien sur le réchauffement mondial.
Ces cristaux de glace forment des nuages qui piègent la chaleur terrestre.
Seulement 5 % des vols génèrent 80 % de l’effet total de ces traînées.
La chasse aux traînées de condensation qui balafrent le ciel, et contribuent au changement climatique, est ouverte. Après plus d’un an d’expérimentation conjointe, Thales et Amelia assurent avoir trouvé le moyen d’éviter efficacement la génération de ces sillons blanchâtres par les avions. Le groupe de hautes technologies et la petite compagnie régionale tricolore ont dévoilé, jeudi 19 mars, le fruit de leur collaboration. Résultat : une réduction de l’impact climatique moyen par vol susceptible de générer ces traînées de plus de 65 %.
Alors que l’effort des acteurs de l’aérien en matière de décarbonation s’est jusque-là essentiellement concentré sur la réduction des émissions de CO2, les effets hors CO2 sont depuis peu également dans le viseur. En prenant en compte l’impact des traînées de condensation, la contribution du transport aérien au changement climatique passe d’environ 3 à 5 %, soit un quasi-doublement. « Au sein de nos opérations, les traînées de condensation représentent environ 25 % de l’impact climatique de notre flotte », souligne Adrien Chabot, directeur du développement durable chez Amelia. Grâce à son initiative, la petite compagnie française assure avoir évité l’équivalent de plus de 2 000 tonnes de CO2 sur l'année 2025.
Thales et Amelia ont débuté les tests d’évitement de traînées de condensation en 2024, avec cinq vols d’évitement réalisés entre Paris et Valladolid, en Espagne. Le tandem a accéléré en 2025. « L’an dernier, nous avons étendu l’initiative à l’intégralité de nos vols, de mars à décembre, précise Adrien Chabot. Tous les vols ont été passés au peigne fin pour réduire l’effet des traînées de condensation. » Sur un total de 6 458 vols, le tandem a ainsi jeté son dévolu sur 106 vols d’évitement, ceux pour lesquels l’impact des traînées de condensation semblait le plus important. Des vols assurés par la flotte de la compagnie, constituée d’une vingtaine d’appareils, des Airbus A319 et A320, ainsi que des Embraer ERJ 135 et 145.
La traque est donc nécessaire, mais délicate. Car à peu près 5 % des vols représentent 80 % de l’effet total des traînées de condensation, indique-t-on chez Amelia. La génération de traînées de condensation implique en outre un grand nombre de paramètres, compliquant les prévisions d’apparition. Elles se forment à la fois dans les zones très froides et les atmosphères saturées en humidité : les cristaux de glace se forment en altitude autour des suies et particules issues de la combustion des moteurs. Le risque ? Que d’imposants cirrus se forment, bloquant dans l’atmosphère le rayonnement infrarouge venu du sol terrestre.
La méthode mise en œuvre sur le terrain par Thales et Amelia : calculer la probabilité de génération de traînées de condensation avant chaque vol. « Si cette probabilité est jugée élevée, on établit alors une trajectoire alternative, le plus souvent à plus basse altitude, mais cela peut aussi arriver de choisir de voler à plus haute altitude, affirme Chris Deseure, responsable innovation et développement durable chez Thales. Il n’y a pas d’improvisation pour le pilote, pas de prise de décision inattendue. » Des calculs effectués grâce à des prévisions météorologiques et des modèles climatiques, prenant en compte une multitude de données, telles que le type de moteurs, la nature des particules émises ou bien encore les effets de saisonnalité.
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Mais l’évitement des traînées ne doit pas faire bondir les émissions de CO2, dans la mesure où un vol à plus basse altitude tend à faire croître la consommation de carburant. D’où la quête d’un subtil équilibre à déterminer pour chaque vol. « On peut établir, pour les différentes altitudes alternatives, quelle va être la consommation de carburant associée ; cela constitue un ensemble de trajectoires potentielles et on va aller rechercher celle qui présente le meilleur compromis entre réduction de l’impact climatique, ponctualité et consommation de carburant », résume Adrien Chabot. L’absence de traînées a par ailleurs été confirmée sur les vols ciblés avec une caméra basée au sol, près de Perpignan, avec le soutien des sociétés SII et Reuniwatt.
Si Thales et Amelia ont fait la démonstration de l’efficacité de leur approche sur quelques dizaines de vols, reste à savoir si elle pourrait être déployée plus largement. « L’enjeu désormais est de changer l’échelle des expérimentations pour s’assurer que la technologie et les acteurs sont prêts, abonde Chris Deseure. Nous devons nous assurer que cette méthode peut être compatible avec un plus grand nombre d’avions, qu’elle peut être coordonnée dans un espace aérien bien plus vaste. » Dans quelle mesure des flux d’avions peuvent-ils être modifiés, sans que cela ne contrevienne à la sécurité aérienne ?
Plusieurs compagnies aériennes testent aujourd’hui la solution mise au point par Thales et Amelia, et d’autres suivent la même voie mais avec différentes approches. Pour l’heure, le tandem n’évoque pas encore de date de commercialisation d’un éventuel outil opérationnel d’évitement de traînées. Mais la nécessité d’emprunter ce chemin ne fait guère de doute. « Depuis 2025, les compagnies aériennes doivent comptabiliser les effets des traînées de condensation, rappelle Adrien Chabot. Et à partir de 2028, elles pourraient avoir l’obligation d’intégrer dans le système d’échanges de quotas de CO2 les effets hors CO2. » Les travaux de Thales et Amelia ne partiront pas en fumée.
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