Automobile française : 329 000 emplois sous la menace d’une vague de pessimisme
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Une Renault Clio IV à Flins, près de Paris.
BT/JS - REUTERS - Benoit Tessier
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Une Renault Clio IV à Flins, près de Paris.
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La filière automobile française demeure un moteur majeur de l’économie nationale. Selon l’enquête menée par l’Insee, cette filière regroupe 4 080 sociétés en France hors Mayotte, orchestrant les activités de conception, de fabrication, de transformation et de recyclage de véhicules. Son poids se mesure en termes d’emploi, avec 329 000 salariés travaillant directement pour la filière, dont un quart se situe dans la construction automobile.
L’empreinte financière est également considérable : la valeur ajoutée de ces entreprises atteint 31,2 milliards d’euros, ce qui représente 1,1 % du produit intérieur brut (PIB) français. Cette architecture économique se caractérise par une forte composante industrielle, puisque 77 % des emplois dédiés à la filière sont localisés dans l’industrie.
Malgré ces fondations solides, l’activité est mise sous tension. Les sociétés interrogées de septembre à décembre 2024, sur la base des données 2023, signalent clairement que le cycle de production est freiné par plusieurs facteurs convergents : les coûts de production, la faiblesse de la demande domestique et, dans une moindre mesure, des difficultés de recrutement. Ces signaux révèlent un climat d’inquiétude qui se répercute lourdement sur les anticipations d’activité pour l'année 2025.
L’analyse des freins à l’activité en 2023 montre une convergence de chocs, où la question du coût des intrants apparaît comme le problème dominant, accentué par un déficit de demande en France.
Le coût des matières premières est perçu comme un frein important ou modéré par 68 % de l’ensemble des sociétés de la filière. Cette proportion est encore plus élevée dans le secteur de l’Industrie, où 73 % des acteurs sont concernés (dont 31 % jugent l’impact important).
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De manière similaire, le coût de l’énergie est un frein pour 61 % des sociétés de la filière, touchant particulièrement les industriels (66 % des sociétés, dont 29 % d’impact important) et les tertiaires (46 % des sociétés, dont 17 % d’impact important).
Parallèlement, la demande en France est citée comme un frein par 51 % des sociétés. Dans le secteur industriel, cette faiblesse de la demande domestique est considérée comme un frein par 54 % des entreprises (25 % d’impact important et 29 % d’impact modéré).
Le secteur est également fragilisé par des tensions sur le marché du travail : 43 % de l’ensemble de la filière mentionnent les difficultés de recrutement comme un frein à leur activité. Ce problème est plus prégnant pour les industriels (48 % des sociétés, 22 % d’impact important) que pour les acteurs du Tertiaire (32 % des sociétés, 15 % d’impact important). De plus, 38 % des industriels estiment que le profil du personnel est inadapté à leurs besoins, illustrant un fossé entre les besoins en compétences et les ressources disponibles. Enfin, les problèmes d’approvisionnement en composants (hors semi-conducteurs) affectent 37 % des industriels et les semi-conducteurs affectent 32 % d’entre eux.
Une analyse détaillée par segment d’activité révèle la répartition des forces vives et de la valeur ajoutée au sein des 4 080 sociétés. Le segment de la fabrication d’équipements automobiles (pare-chocs, pneumatiques, tableaux de bord, etc.) se distingue comme le plus contributif. Il emploie 123 210 salariés dédiés à l’automobile et génère 10,9 milliards d’euros de valeur ajoutée (VA) en 2023.
Le secteur de la construction automobile proprement dit emploie 84 620 salariés dédiés et génère 10,3 milliards d’euros de VA. En cumul, les 3 000 sociétés industrielles de la filière concentrent 261 500 salariés dédiés, soit 68,5 % de leur effectif total. Ce bloc industriel est complété par le secteur Tertiaire, qui regroupe 1 077 sociétés et emploie 67 000 salariés dédiés. Dans ce secteur, le segment Ingénierie, conception, R&D emploie 19 850 salariés dédiés et le Commerce intrafilière 21 750 salariés dédiés.
Géographiquement, l’emploi de la filière est fortement concentré dans le nord et l’est du pays (60 % des emplois). L’Île-de-France est la région qui compte le plus grand nombre d’emplois dédiés en valeur absolue, avec 63 700 salariés. Viennent ensuite l’Auvergne-Rhône-Alpes (51 300 emplois) et le Grand Est (43 500 emplois). C’est cependant en Bourgogne-Franche-Comté que la dépendance relative est la plus élevée, avec 2,9 % de l’emploi salarié total régional dédié à l’automobile (28 700 emplois).
Les anticipations des acteurs de la filière sur l’évolution de leur activité en 2025 constituent l’indicateur le plus préoccupant. Globalement, les sociétés prévoient une nette diminution de l’activité tournée vers le marché automobile. Le solde d’opinion (l’écart entre les réponses « en hausse » et « en baisse ») de l’ensemble de la filière s’établit à -24 points.
Ce pessimisme est particulièrement aigu dans certains secteurs amont. La métallurgie et fabrication de produits métalliques affiche le solde le plus dégradé, à -44 points. La fabrication et rechapage de pneumatiques suit avec un solde à -40 points. Le secteur industrie dans son ensemble anticipe un solde de -26 points pour l’activité automobile, tandis que le tertiaire anticipe un solde de -17 points.
Ironiquement, les constructeurs automobiles sont les seuls à afficher un solde d’opinion légèrement positif (+4 points) pour leur activité sur le marché automobile. Cependant, cette relative confiance est tempérée par les perspectives négatives de leurs fournisseurs, car les Carrossiers et équipementiers anticipent un solde de -17 points. De plus, les activités support à haute valeur ajoutée ne sont pas épargnées : les Activités informatiques et l’Ingénierie, études techniques affichent respectivement des soldes de -28 points et -29 points pour leur activité automobile.
L’évolution des coûts de production est l’inquiétude principale pour 49 % de l’ensemble des sociétés, un taux qui grimpe à 52 % dans l’industrie. L’indécision des clients liée à la réglementation sur le moteur thermique est citée par 46 % des entreprises. La pression concurrentielle venue de l’étranger préoccupe 41 % des acteurs de la filière et 42 % des industriels.
Si les perspectives sur le marché automobile sont fortement dégradées, l’étude révèle un contraste saisissant concernant l’activité des entreprises tournée vers d’autres marchés. Pour l’ensemble de la filière, cette activité non-automobile affiche un solde d’opinion largement positif à +11 points.
Dans le Tertiaire, les perspectives de diversification sont spectaculaires : les Activités informatiques et l’Ingénierie, études techniques anticipent toutes deux un solde d’opinion de +43 points pour leur activité hors automobile, contre des soldes négatifs sur leur activité automobile. Cela met en lumière la capacité potentielle de certains segments de la filière à réorienter leur expertise technique et industrielle vers d’autres secteurs.
L’enjeu pour les entreprises réside également dans la gestion des tensions identifiées par l’enquête. L’inquiétude forte concernant l’évolution des coûts de production et les difficultés d’approvisionnement placent la résilience des chaînes logistiques et la maîtrise des prix d’achat au cœur des défis opérationnels. Les difficultés de recrutement (frein pour 43 % des sociétés) et l’inadéquation du profil du personnel (frein pour 38 % des industriels) signalent un besoin critique de formation et d’adaptation des effectifs pour l’avenir, une préoccupation pour 27 % des industriels. L’indécision des clients face à la réglementation sur le moteur thermique est un facteur bloquant pour la demande en France. Lever cette incertitude est essentiel pour débloquer le marché intérieur et améliorer les perspectives d’activité des sous-traitants. L’évolution des relations entre donneurs d’ordre et sous-traitants est d’ailleurs une source d’inquiétude pour 22 % de l’ensemble de la filière.
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