L'homme que Jean-Claude Trichet doit convaincre

A la City, beaucoup d'investisseurs attendent avec impatience que les rendements obligataires de la dette européenne deviennent si élevés que le marché ne pourra que se retourner, ce qui leur permettra d'encaisser un juteux profit. Portrait de l'un de ces investisseurs, rencontré récemment à déjeuner.

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Le ton est calme, peut-être juste un peu trop posé et poli pour bien cacher son côté glacial. L?homme travaille pour l?une des plus grandes banques internationales, et il est aujourd?hui l?un des responsables de la gestion d?environ 500 milliards de dollars d?encours. Autant dire, il a le pouvoir de faire bouger des marchés.


Sans être tout à fait à la tête de la hiérarchie, il est ce qu?on appellerait en anglais un banquier « very senior ». Pour ce déjeuner, il a choisi l?un de ces nombreux restaurants aux abords de la City, où les convives prêtent à peine attention à ce qu'ils ont dans leur assiette (pourtant succulent), et regardent de loin une facture entre 50 euros et 100 euros par personne (cela passe en note de frais).


L'homme, qui désire rester anonyme, a travaillé à de nombreuses restructurations de dettes d'Etat par le passé, dont celle de l'Argentine. Pour lui, la solution à la crise de la zone euro repose sur un principe simple: "c'est la cupidité qui fait tourner les marchés." Partant de ce postulat, il estime que la solution est de convaincre les investisseurs que d'acheter des obligations européennes sera une bonne affaire. "Ce qu'il faut, c'est que les dirigeants européens, particulièrement en Espagne, convainquent qu'un rebond du marché est probable. Tout le monde se précipitera alors pour en profiter." S?il parle en particulier de l'Espagne, c?est qu?il estime que le Portugal n'échappera pas à un plan d'aide.


Il n'est pas le seul investisseur potentiel à piaffer d'impatience. Jim O'Neill, de Goldman Sachs, estime que les titres de dette pourrait devenir très "tentants". Bref, plus que d'une crise systémique, beaucoup commence à percevoir une bulle dans les problèmes actuels de la zone euro. Mais comme la bulle immobilière, ou celle du marché actions, personne ne veut sortir ou entrer trop tôt. Tout l'objectif des dirigeants européens est de les convaincre que c'est désormais le moment.

 

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